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Publié par René Mettey

Qu'est ceci ? Un bac à chat (même si certains matous de mes voisins s'en délectent) ? Un square pour chiens (même si le Cavalier King Charles de mes petits-enfants se plait à le dévaster) ? Une maquette d'enclos breton avec ses menhirs et ses pommiers à cidre ?

Non : un jardin zen. Mon jardin zen, que je dois lisser chaque matin, reconstruire après chaque orage.

Pourquoi zen ? Parce qu'il obéit à des lois ancestrales et strictes. Il n'est pas là pour faire beau, ni exotique. Il est là pour représenter l'Univers et amener au satori par sa contemplation.

Dans la pensée bouddhique -le zen en étant la forme ultime, la plus épurée-, l'Univers est une mer sans limites. De celle-ci émergent des "mondes", tels des îles. Cette mer doit être présentée sous forme lisse, de gravier ou de sable. Les îles doivent être en nombre impair, trois, cinq, sept, neuf, etc. suivant la taille du jardin. Pourquoi impair ? Parce que la Nature, c'est l'inattendu, l'asymétrique. Avez-vous rencontré des sommets de montagne bien symétriques, des fleuves rectilignes, des arbres d'équerre ? De même des îles alignées ? Les trois étoiles de la ceinture d'Orion sont seulement apparemment alignées, la "grande casserole" des Chinois, le grand chariot de nos paysans (id est la grande Ourse de nos astronomes), le grand carré de Pégase, sont des carrés imparfaits.

Pour les îles, l'une doit, obligatoirement, être de forme oblongue et élevée. L'île-grue. Comme l'oiseau, elle représente l'éternité de l'Univers. Une autre, présente obligatoirement aussi, doit être de forme ramassée, l'île-tortue. Comme ce reptile, elle évoque la longévité humaine, longévité bien inférieure à l'éternité... Les autres ? À l'inspiration du moine bouddhiste ou à la fantaisie du laïc occidental qui réalise son jardin.

Comme des îles dans la mer, le courant et la houle y dessinent des ondes circulaires autour de chacune, s'entrecroisant, s'entrechoquant...

Il n'est pas interdit, même dans un" jardin sec" d'y introduire quelques éléments végétaux, symbolisant la Vie surgie de cet Univers. J'y ai planté un grenadier nain.

Et je médite, je médite, je médite, sur ces leçons venues de si loin dans l'espace et le temps, Orient et Xe siècle.

Et je médite... sur ces professeurs de physique d'ici et maintenant, de Berkeley ou Pasadena, ces Trinh  Xuan Thuan, ces Reeves, Hawking, Demaret, en ce  XXIe siècle, qui me décrivent l'Univers comme infini -bien au-delà de notre horizon visible de quarante-sept milliards d'années-lumière-, immensément plein du "vide quantique", ce vide quantique qui donne naissance à des mondes matériels qui en émergent : ces galaxies, ces "univers-îles" comme les nommait Giordano Bruno, dont une nous abrite, et dont a surgi la Vie ! Dans ce vide quantique infini, l'espace-temps est traversé d'ondes gravitationnelles crées par ces mondes, et qui s'entrecroisent et s'entrechoquent.

Oui, il y a bien des leçons dans le jardin zen !

 

1/j'ai emprunté ce titre, "les leçons du jardin zen", à l'ouvrage éponyme de Éric Borja, (sous-titre "espace et illusion") ouvrage remarquable que je recommande. Éditions du chêne.

2/les experts en botanique, symbolisme et histoire méditerranéenne apprécieront le choix du grenadier comme représentant de la vie.

 

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