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Publié par René Mettey

La forme de l'eau. Guillermo del Torro.

Bref, "La Belle et la Bête", où la Bête est un relooking de "L'homme de l'Atlantide" (série américaine à succès des années 70) hybridé avec la créature du Lac Noir.

D'office : les militaires américains crétins et irresponsables (ceux qui veulent faire tirer sur les ambassadeurs aliens, etc.); les politiciens et savants sans coeurs et tout aussi crétins (comme ceux qui voulaient découper E.T.).

Le tout aménagé avec les niaiseries à la mode (féminisme, immigrés latinos -les femmes immigrées latinos ont bien le droit de se masturber*, non?-, anti-trumpisme -voir le discours de Del Toro-). Le tout agrémenté, pour faire passer ce remake-melting pot, d'effets à la Besson-Lucas-Spielberg...

*Le film ouvre sur une masturbation féminine. À savoir si vous compter y emmener vos petits-enfants...

 

Un jour de pluie à New-York. Woody Allen.

La dernière production de Woody Allen vient de sortir en France. Espérons que ce soit bien la dernière...

Certes, c'est Woody Allen : obligation par Télérama, les Inrocks, Le Monde, Libé et toute la classe intello de s'y rendre en rang serrés incessamment et de s'y ébaubir.

Eh bien passez votre chemin : le thème est celui d'un jeune homme qui emmène sa fiancée (tous deux un peu plouks du Middle West même si rupins et étudiants à Yardley) pour un week-end de rêve à New-York, où rien ne se passe comme prévu. Si vous allez voir ce film pour y passer deux heures de rêve, rien ne se passera comme prévu !

Comme toujours chez Woody, du verbiage, du verbiage (words, words, words), et dans un flot de paroles étouffées, de la bouillie verbale si vous le voyez en V.O. 

La lumière remise, les visages des spectateurs font grise mine. J'ai entendu "ce n'est pas son meilleur!",  "très en dessous des autres", "bôf !"... En fait c'est son pire, excepté "tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe"...

Et justement les obsessions sexuelles de l'auteur sont omniprésentes dans ce film. Tout le monde a couché avec tout le monde ou veut coucher avec tout le monde, ramenant la vie sexuelle à un objet de consommation banale et dévalorisée. En anglo-américain ne dit-on pas "to have sex" pour "faire l'amour" ??? On commence à se dire que les accusations sur la vie de M. Allen ne sont peut-être pas des fake-news... et que les accusations de me-too qui ont limité la diffusion de ce film aux US ne sont pas un mal pour les cinéphiles américains...

Je ne "spoilerai" pas la fin, qui est un happy-end désolant de banalité avec un coup de théâtre téléphoné...

 

J'accuse. Roman Polansky.

Note générale : 4,5 étoiles sur 5. Étude historique : 5/5; étude psychologique et sociologique 5/5; valeur artistique 5/5; note passion : 3,5/5.

Un film sur l'affaire Dreyfus : on pouvait s'attendre au pire ! Le pôv' juif victime de l'antisémitisme forcené de la société et surtout de la militaire; les généraux bornés; l'honneur militaire bafoué sauvé in extremis par l'action "suicidaire"de Picquart et le suicide réel de Henry, ne supportant pas la honte de son attitude.

Eh bien non ! c'était sans compter sur le talent majeur de créateur de Polanski, qui va éviter pathos et dénonciations !

Pour commencer en coup de maître, il centre son action sur Picquart, et non sur Dreyfus, quasiment hors-jeu. (Jean Dujardin et Louis Garel sont magistraux dans leurs interprétations respectives). Seul ce qu'il a souffert est magistralement filmé dans la scène de la dégradation. Cela suffit.

Ce film est une analyse minutieuse de la société de l'époque, et de toutes les époques : les doutes d'un officier pour qui l'Armée est tout, sur la conduite à tenir quand accomplir son devoir risque de le desservir. Dreyfus, un officier injustement malmené par ses supérieurs jusqu'à souhaiter sa mort et tenter de la provoquer (ceci a été bien mis en évidence dans le téléfilm "Les secrets de l'Histoire") et qui clame encore et toujours son amour de l'Armée ! L'antisémitisme ? de Picquart en particulier ? "Comme tout le monde à l'époque" ose un critique. La shoah n'avait pas encore eu lieu !

Dreyfus  : "à vous dégoûter de défendre un innocent" se serait exclamé Zola devant la passivité du capitaine. Les côtés "énervants" du personnage sont évoqués en demi-teinte par Polansky : la récrimination quand son professeur à l'école de guerre, Picquart, ne l'a pas noté au niveau de ce qu'il pensait valoir, prenant le prétexte de l'antisémitisme; et sa récrimination encore quand il revendique un grade plus élevé que commandant à ce même Picquart, devenu général et ministre. Il est relevé que le pôv' juif a des revenus quatre fois supérieurs à son traitement -écartant par là la motivation à la trahison-.

Picquart, torturé entre son désir de respecter son devoir fondamental, innocenter un condamné, et la perspective de voir sa carrière brisée, voire de se faire éliminer dans une mission suicide. 

Henry, s'il se suicide, c'est certes à cause d'une honte sourde, mais aussi parce qu'il est "un crétin" comme le dit au début le général qui nomme Picquart à sa place.

Tous les personnages sont en demi-teinte, on est loin des criminels et des chevaliers blancs.

Il n'y a que les généraux qui sont sans nuances tous dépeints en êtres bornés, lâches, inintelligents, voire criminels. Seul Picquart, devenu lui-même général et même ministre de la guerre, les réhabilitent ? et donc ceux qui l'ont finalement nommés ?

Quant à Esterhazy, le personnage subit de manière inappropriée la caractérisation en noir et blanc ! le traître absolu : y compris dans l'aspect physique, représenté chétif et colérique alors qu'il était un brin enveloppé de par son bon appétit !

Pour le personnage joué par Emmanuelle Seigner, malgré sa bonne prestation lui valant un prix, il obéit à la règle syndicale d'un rôle féminin obligatoire...

Ce film est aussi une étude "universitaire" et technique de l'affaire ! Seuls les initiés comprendront l'importance de la note renseignant l'ennemi sur le frein hydrolique du canon de 120, alors que c'est sur le canon de 75 que travaillait l'armée, et subodoreront que l'état-major intoxiquait les Allemands. Seuls ils comprendront l'importance de la scène où ce prototype du 75 avec recul absorbé par ce frein est exposé à l'état-major (cf mon article à venir sur "la vraie affaire Dreyfus, première guerre des polices"). Un critique a pu se gausser de la reconstitution minutieuse des uniformes. Justement on doit saluer la justesse de tous les détails. Un seul bémol : un officier de rang supérieur à un autre ne lui donne pas du "mon" ! À un capitaine, un lieutenant dit "mon capitaine", un général "capitaine" !

Pour finir, le versant artistique de ce film est une merveille. L'utilisation des couleurs, et à l'inverse des clair-obscur, des fondus-enchaînés, des mouvements, révèlent une maîtrise parfaite.

Si j'ai mis une appréciation mitigée sur l'émotion, c'est qu'à force d'être si parfait sur tous ces plans, parfois on se laisse envahir par une certaine torpeur... Un nu féminin, même avec quelques erreurs anatomiques, émeut, une dissection, non !

NB : Roman Polanski fait l'objet actuellement d'accusation graves. Curieusement ces accusations, refoulées pendant 40 ans, sont formulées juste avant la sortie de cette oeuvre. Elles sont peut-être réelles, les antécédents de l'artiste ne plaidant pas pour lui.

Mais si on juge l'homme,  s'il est un délinquant, il doit être jugé comme tel, quels que soient ses talents de créateur. Si on jauge le créateur, il doit être jaugé comme tel, quel que soient ses actes profanes, sans que ceux-ci n'interfèrent dans ce jugement.

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