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Publié par René Mettey

 

ADDENDA.

 

QUELQUES VRAIES PRIÈRES CHRÉTIENNES

(Prières revisitées pour être mieux en harmonie avec la conception chrétienne de Dieu)

            SALVE REGINA

Salut, Reine des femmes, Reine du Ciel, Toi qui as dit : « je suis la servante du Seigneur, qu’il soit fait suivant sa volonté ! »

Vois ce que tu as enduré,

Vois ce que tu as déclenché en te soumettant.

Comme ton cœur a souffert de voir ton fils crucifié, et pire encore de voir à quelle extrémité est poussée la méchanceté des hommes quand on leur donne en exemple la douceur et l’amour.

Et moi je dis « Je ne suis pas ton servant, Seigneur ! Car je m’oppose à la nature de l’homme que tu as créé. Je suis contre la violence et la mort donnée. Comme tu sembles si bien te réjouir du spectacle, je suis tout autant contre la mort reçue et je dissuaderai quiconque du martyr accepté. Car être une victime expiatoire justifie les exactions et multiplie les assassins, justifiant leurs horreurs ! Je suis contre le pardon. Car pardonner 77 fois 7 fois c’est encourager le tortionnaire à toujours recommencer ! Je m’engage à tout faire pour contrecarrer Ton œuvre. Non je ne suis pas ton serviteur ! »

            NOTRE PÈRE QUI ES ODIEUX !

 

Notre père qui es aux cieux, Fous-en le camp !

Que Ton nom soit exécré !

Que Ton règne cesse, Tu as commis assez d'horreurs comme cela jusque-là !

Que Ta volonté ne soit plus faite sur la pauvre Terre comme au ciel !

Donne-nous à tous, y compris les trois milliards de crève-la-faim que compte l'humanité, notre pain quotidien.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés (chiche !).

Ne nous soumets pas à la tentation, ça t'amuse tant que cela ?

Et délivre-nous du Mal qui vient seul de Toi car tout vient de Toi.

Car c'est à Toi qu'appartiennent le règne sur ce monde de faim, de guerre et de misère de torture et de meurtres;

La puissance de bien ou de mal faire;

Et la gloire d'en tirer gloire.

Notre père qui es odieux !

 

BÉNÉDICITÉ.

"Merci mon Père pour ce repas que nous allons prendre ensemble, Merci de tous ces aliments que tu nous donnes. Donne du pain à ceux qui n'en ont pas ! Amen !"

Mais alors, que doivent prier celui qui est seul, celui qui meurt de faim ? : "Merci Père de me faire crever de faim, alors que tant d'autres sont repus" ? Ou : "Sois maudit, Père, de cette faim qui me torture ?"

Et nous, repus, devons-nous dire : "Merci mon Père pour tous ces aliments que tu nous donnes, et de nous éviter de faire partie des affamés" ? "Donne du pain à ceux qui n'en ont pas ? Qu'est-ce que t'attends, Seigneur tout puissant ?".

 

NIETZSCHE, MÈRE TERESA, ARCHÉTYPES DU HÉROS CHRÉTIEN.


Nietzsche !
            Nietzsche qui méprisait le christianisme, religion des faibles et des tièdes, religion de la soumission au Mal que l'on favorise en n'oser l'affronter ("tends l'autre joue", "pardonne 77 fois 7 fois").
            Zarathoustra répondant in peto au sage "ce vieillard ne sait-il pas que Dieu est mort !"
Oui, dit-il, Dieu est mort, mais pour ajouter tout aussitôt : "et c'est nous qui l'avons tué !"

            Quelques années plus tard seulement l'évêque anglican Robinson, le pasteur germano-américain Paul Tillich et surtout le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer formuleront la "théologie de la mort de Dieu" !
            Surtout Bonhoeffer, témoin de l'installation du nazisme, de la création des camps de concentration,  de l'euthanasie des handicapés, interprétera le cri du Christ "Eli, Eli, Lama Sabactani" comme une exclamation, une affirmation : l'homme a chuté en acquérant la conscience du bien et du mal, il est devenu maître et libre de sa conduite, Dieu s'est retiré de sa création. "Il est mort". À nous d'agir !
            Et Bonhoeffer de s'engager dans l'action, déclarant : "quand un fou traverse Berlin en voiture en écrasant le plus de monde possible, le rôle du pasteur est-il de se pencher sur les mourants pour les réconforter ou de sauter sur les marchepieds et d'arracher le volant des mains de ce  fou?
            Il participa au complot de von Stauffenberg contre Hitler et mourut pendu.

            Nietzsche participe de ce mouvement et l'anticipe. Il constate la malignité de l'homme. Il veut dépasser l'homme et en dégager le surhomme. Ce surhomme n'est pas Superman, il ne s'agit pas de développer ses capacités physiques, intellectuelles et morales, mais de descendre en soi pour en exalter la quintessence, comme le chrétien veut rétablir homme originel. "gnôthi seoton" des Grecs. VITRIOL des alchimistes et des francs-maçons : veni interiora terrae, et, rectificando, inventa opera  (occulta) lapidem. Descends à l'intérieur de la terre (en toi, au plus profond de tes entrailles, dans la grotte de la matrice primitive), en distillant (l'alambic primitif, " la colonne à rectifier") découvre la pierre cachée, de l'œuvre (du grand œuvre, cette pierre philosophale qui transforme le vil plomb humain en or).



            Oui, Nietzsche se désole, se torture de la méchanceté, de la bassesse de l'être humain, constitutionnelle comme ce péché originel du chrétien,  du silence et de l'inaction de ce Dieu qui est mort.
            Nietzsche constate l'impossibilité de changer cette humanité et forcer ce Dieu à l'action, et se réfugie dans la mutité les dernières années de sa vie.
            Et comment interpréter autrement son dernier acte avant de sombrer corps et âme dans la folie, cette embrassade enserrant le cou d'un cheval de fiacre que son maître maltraitait ? Il  ne s'en est pas pris au cocher, sachant que ç'aurait été inutile, car on ne peut changer l'homme. Il a souffert avec l'animal souffrant, comme le Christ a pris la souffrance des hommes, pour aboutir à "Eli, lama  sabactani".



Oui, Nietzsche est l'archétype du héros chrétien. Malgré qu'on en ait. Malgré qu'il en eut!

 

Mère Teresa.

            Cette religieuse modeste, pleine d'humilité, qui a souffert de sa couverture médiatique, que j'ai découverte bien avant que les amateurs de charity-business ne s'empare de son image,  a été justement reconnue par le prix Nobel de la paix en 1979, et plus justement encore béatifiée en 2003 par Jean-Paul II et canonisée par la pape François en 2016.

            Et si je l'élève au rang d'archétype du héros chrétien, c'est que pendant cinquante ans de sa vie elle vécut dans la souffrance indicible… d'avoir perdu la foi ! Et pourtant elle a persisté dans son œuvre incessante pour les plus abandonnés de ce Dieu si bon et si paternel.

Extrait d'une de ses lettres de 1959 :

« L’obscurité est si sombre – et je suis seule. – Non désirée, abandonnée. – La solitude du cœur qui désire l’amour est insupportable. – Où est ma foi ? – Même tout au fond, juste là, il n’y a rien que le vide et l’obscurité. – Mon Dieu – Comme est douloureuse cette douleur inconnue. Elle me fait souffrir sans cesse. – Je ne crois en rien – je n’ose pas prononcer les mots et les pensées qui se bousculent dans mon cœur – et me font souffrir une terrible agonie. Tant de questions sans réponse vivent en moi – J’ai peur de les découvrir – de peur du blasphème. – Si Dieu existe, qu’il me pardonne. – “ Croire que toute volonté s’achève au Paradis avec Jésus ? ” – Quand j’essaie d’élever mes pensées au Paradis – Il y a un tel vide que ces pensées reviennent comme des couteaux tranchants et blessent mon âme. – Amour – le mot – n’évoque rien. – On me dit que Dieu m’aime – et pourtant l’obscurité, la froideur et le vide sont une réalité si grande que rien ne touche mon âme. Avant de commencer à travailler ( pour les débuts de sa mission en Inde), je connaissais une telle union – amour – foi – confiance – prière – sacrifice. – Ai-je fait une erreur en m’abandonnant aveuglément à l’appel du Sacré-Cœur ? »

            Oui, elle fut une sainte, car elle a traversé cette horrible nuit noire qu'on vécue tant de véritables saints, Jean de la Croix et Thérèse (déjà) de Lisieux.

            Éli, Éli, lama sabactani !

 

 

 

DEUX NOUVELLES TIRÉES DU RECUEIL "12 000 MOTS"

(12 nouvelles de mille mots chacune).

 

Acte de contrition.

            "Mon Dieu, j'ai un très grand regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché vous déplaît. Je prends la ferme résolution, avec le secours de Votre sainte grâce, de ne plus Vous offenser et de faire pénitence !"

             C'est l'acte de contrition que Jonathan venait de réciter quelques instants avant, au confessionnal, avant de s'accuser de ses péchés, devant l'abbé Meurteau, son catéchiste depuis toujours. Ce vicaire, alias Don Michel, avait remarqué l'intérêt de Jonathan pour les questions religieuses et philosophiques, son intelligence vive, et, ma foi (c'est le cas de le dire), il espérait un tantinet le diriger tout doucement vers le séminaire... Et il en avait fait des péchés graves, Jonathan : il regardait sous les jupes des filles quand le vent soufflait, il se caressait le soir en s'endormant ou le matin quand le kiki est tout dur, il picolait en douce le pastis du père etc.

            Maintenant, le jeune garçon, revêtu de son aube, servait la messe, agenouillé, pendant que l'abbé, jeune prêtre d'une fraternité traditionaliste, officiait, sous le regard bienveillant de Monseigneur Favreau, évêque du cru, assis sur le côté du chœur. La messe durait. La pénombre de l'église romane, la faible lumière des candélabres, l'odeur douçâtre mêlée d'encens et d'encaustique des stalles, les psalmodies du prêtre : Jonathan fut gagné d'une douce torpeur et se mit à rêvasser, méditant sur l'acte de contrition. "Mon Dieu, j'ai un très grand regret de vous avoir offensé..."

            Il se remémora la vision, à la télé, de cette église où une foule de femmes et d'enfants s'était réfugiée, venant se mettre sous la protection divine, confiante. Les miliciens Hutus entrent et, joyeusement, gaîment, comme dans une virée de bidasses, fendent les cranes à coup de machettes, un à un, sans se presser ni s'arrêter, riant des hurlements de terreur puis de douleur. Puis le silence des agneaux pascals. Sang sur les marches de l'autel ! "...parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable".

            À Oradour, au moins, les Waffen-SS avaient forcé les habitants à se regrouper dans la maison de Dieu, avant de les brûler, ce qui Lui laissait une petite chance d'excuse.

            Mais, bon dieu (c'est le cas de le dire), moi qui ne suis ni bon (c'est ma maman qui le dit) ni aimable (c'est papa qui le dit), je ne pourrais supporter le millième du millième de ce qu'Il supporte. Et Il est omnipotent (ou alors ce serait impotent ? mais l'abbé dit bien "omnipotent" !). Il voit tout, rien ne Lui est caché. Il peut tout arrêter, et Il n'arrête rien ? Alors qu'il est infiniment bon, infiniment aimable ! Y'a quelque chose qui ne va pas dans cette histoire !

            Et l'Holocauste, la Shoah ? Certes c'est le dieu des Juifs qui est le fautif. Mais l'abbé dit que c'est le même que le nôtre. Alors quand même ! Six millions de Juifs, au bas mot, exterminés, dont deux à trois "industriellement" dans des usines à tuer et à faire disparaître les corps, Il n'a pas pu accepter cela : Il est infiniment bon. Moi, l'idée même de l'abattoir d'animaux me révulse. Le grand frère de mon copain Marcel m'a raconté sa visite de la Villette. L'horreur ! Et je ne suis ni bon (c'est le proviseur qui le dit) ni aimable (ça c'est la Gisèle qui me fait les yeux doux qui le dit, mais je crois qu'elle lui donne un autre sens) ! Mais peut-être que Jéhovah a une excuse : il n'a pas vu l'Holocauste. Il devait être parti pisser. Ou Il a fait une petite sieste, voire un bâillement. C'est que c'est long un pissou ou un bâillement de Bon Dieu ! Un certain monsieur Hitler vient d'être nommé chancelier par un Maréchal Hindenburg : Il s'assoupit un peu. Il se réveille vite : boum, six millions de ses adorateurs déportés, affamés, gazés, brûlés, et tutti quanti ! Quelle surprise ! L'abbé m'a raconté que dans la Bible des Juifs (la même que la nôtre, sauf l'histoire de Jésus), Jéhovah dit à un petit merdeux de prophète qui ose ergoter : "tu vois ces os blanchis dans le désert ? Je peux les entourer de chair et faire ressusciter les hommes". Alors pourquoi Il ne l'a pas fait ? "Pouce, les Nazis, c'est pas d' jeu, j'étais assoupi, je les ressuscite !" Mais cela aurait fait un peu désordre, peut-être ? Oui, ma foi (c'est le cas de le dire), voilà un embryon d'excuse. Mais il faut dire qu'il a puni ce monsieur Hitler après : il a fait gagner Staline et l'Armée Rouge. Quelle correction ! Mais vingt millions de soldats russes tués pour en arriver à ce qu'il se suicide avec son Eva, c'est pas un peu cher payé ? Et les Alliés, dix mille aviateurs morts rien que pour bombarder les villes allemandes. Dresde, nous a expliqué la prof d'Histoire, vingt mille civils brûlés par les bombes au phosphore anglaises en une nuit, ça c'est de la punition divine ! Mais au fait, Lui qui est infiniment bon et aimable, Il n'aurait pas pu faire larguer qu'une bombe unique par les Anglais, tombant pile sur Hitler ? Même Eva ne méritait pas ça. Mais moi je ne dois pas être bon et aimable, pour penser ainsi.

            Soudain, dans le ronronnement du marmonnement de l'abbé (et peut-être d'un ronflement de l'évêque ?), une prière s'imposa brutalement dans l'esprit de Jonathan : "Mon Dieu, je n'ai aucun regret de Vous avoir offensé, parce que Vous êtes infiniment un sale con et infiniment haïssable, et que le péché Vous plait. Je prends la ferme résolution, avec ou sans le secours de Votre sainte grâce, de Vous offenser encore plus et de ne jamais faire pénitence !"

            À peine eut-il fini qu'il se leva d'un bon, joyeusement, descendit la nef, retroussant puis jetant son aube, gambadant, chantant et frappant des mains, et sortit en coup de vent.

            Le jeune prêtre et le vieil évêque se regardèrent, interloqués d'abord, puis ravis : pour sûr, l'enfant de chœur venait d'être foudroyé par la grâce et de vivre une grande expérience mystique !

 

 

Annales akashiques.

            Jacques sonna au 33 de cette rue de Prague où, au XVIème siècle, Rabbi Judah Löw avait animé le Golem, et il venait vers celui qui était son successeur dans la lignée kabbalistique, voire même sa réincarnation.

            Un vieil homme sans âge, alerte, portant une barbichette, vêtu d'un costume moderne, avec de fines lunettes, ouvrit.

             "Rabbi, des amis m'ont dirigé vers vous,

-je sais, j'attendais votre venue" (Jacques prit un air étonné, voire niais). "Non, je n'ai pas reçu de communication télépathique, mais un courriel ce matin !

-alors vous savez que je désire accéder aux Annales akashiques.

-bien sûr, entrez."

            Jacques n'en finissait pas d'étonnement : le bureau (l'Athanor ?) du grand initié n'était pas ce qu'il attendait : au lieu de murs sombres chargés de livres, de tentures aux signes kabbalistiques... une vaste pièce claire, une table en teck chargée de télécopieurs, téléphones, un ordinateur. Partout, en lieu et place de grimoires, des CD-ROM, des DVD. Il y avait certes, dans une vitrine, éclairés par un spot, une très ancienne Bible et peut-être un Talmud, mais posés là plus pour leur valeur et leur beauté que pour être lus. Comme seul symbole, une ménorrah moderne aux lignes épurées. "Qu'attendiez-vous trouver, jeune homme ? Un vieux Juif, à la longue barbe broussailleuse, portant bésicles, voûté et courbé sur des parchemins dont on ne sait si c'est lui ou eux qui dégagent cette odeur de vieux cuir ?

-j'avoue être un peu surpris (ce diable d'homme lisait quand même dans les esprits !)".

- les annales akashiques : la mémoire du Monde ! Là où tout ce qui a existé est inscrit, éternellement. Y accéder est le premier souhait de tout étudiant débutant en ésotérisme ! Mais ceci est dangereux !

-mais, Rabbi, j'ai quarante ans, je suis franc-maçon, 33ième du rite écossais ancien et accepté, Chevalier de la cité sainte du rite écossais rectifié, Nautonier de l'Arche Royale ! et aussi Grand Profès de l'Ordre martiniste, Illuminati de l’Ordre Rose-Croix !

- voici de hauts grades d'initiation, à défaut d'être initié véritablement, et conférés par des Ordres respectables, mais... s'il y a beaucoup de portes dans la muraille du Paradis, il suffit de passer par une seule pour y entrer !

-alors vous refusez de me faire pénétrer dans les Annales ?

-non, jeune homme, j'accepte, vous me semblez sincère et vos recommandations sont parfaites. Je procéderai au rituel dans quatre jours. En attendant il faut vous préparer.

-Comment ?

-Professez-vous une religion ?

-Je suis baptisé catholique.

-Bien, pendant ces quatre jours, visitez toutes les églises que vous trouverez, vous avez de la chance, Prague en a beaucoup ! Priez si vous le savez encore. Sinon restez à l'affût de tout frémissement spirituel. Assistez à des mariages et baptêmes, et aussi des enterrements. Réjouissez-vous, ou pleurez, avec ces familles et inconnus que vous allez rencontrer. Si les églises sont vides, tenter de sentir ces joies, ces pleurs, ces espérances, ces remerciements ou reproches que vous sentirez imprégner ces lieux. Méditez dans l'ombre et dans la faible lueur des bougies. Rentrez à l'hôtel, mangez végétarien, buvez de l'eau pure, et couchez-vous tôt.

-Maître, vous, un Juif, recommander cela !

-Jeune homme, à chacun sa porte pour entrer au Paradis."

            Au quatrième matin, Jacques se retrouva étendu sur un divan, dans une pièce basse et sombre, dans les volutes d'encens, au milieu d'épais grimoires, aux murs chargés de symboles dont certains inconnus de lui, malgré ses nombreuses initiations. Le Maître, enfin ressemblant à ce qu'il attendait, vêtu d'une robe ou d'une chasuble de velours pourpre, un bonnet quadricorne sur la tête, se tenait à son chevet. "Je vous tiens la main, écoutez ma douce invocation, laissez-vous envahir par la torpeur, et ne craignez rien".

             Les murs semblèrent s'effacer. Jacques vit des enfants noirs s'ébrouant dans un marigot, des blancs jouant dans un village français, des vieillards juifs lisant la Thora en se balançant, des "grätchen" allemandes en jupes traditionnelles, des matriochka dansant, et... et il eut la vision de cette église où une foule de femmes et d'enfants s'était réfugiée, venant se mettre sous la protection divine, confiante. Les miliciens Hutus entrent et, joyeusement, gaiement, comme dans une virée de bidasses, fendent les cranes à coup de machettes, un à un, sans se presser ni s'arrêter, riant des hurlements de terreur puis de douleur. Puis le silence des agneaux pascals. Sang sur les marches de l'autel ! C'était en ce XXIème siècle ! Autre église, autre lieu, Oradour, les Waffen-SS forcent les habitants à se regrouper dans la maison de Dieu, avant d'y mettre le feu. Une seule femme s'échappe, sautant d'une fenêtre. Puis l'Holocauste, la Shoah. Six millions de Juifs, au moins, exterminés, dont deux à trois "industriellement" dans des usines à tuer et à faire disparaître les corps. Vingt millions de soldats russes tués pour terminer cette guerre. Et dix mille aviateurs alliés morts rien que pour bombarder les villes allemandes. Dresde, vingt mille civils brûlant par le phosphore des bombes anglaises en une nuit. Verdun, on se pulvérise au canon, puis on se rue les uns sur les mitrailleuses des autres, on prend une tranchée, on la reperd, mais on y a perdus dix amis, éventrés pour finir à la baïonnette. C'était cela le XXème siècle.

            À mesure que le temps remontait, il intervint dans les scènes : il vécut Pittsburgh, à Trafalgar un boulet lui arracha le bras, celui que le Baron Larrey lui coupera à vif à Waterloo. Il n'en était qu'au XIXème siècle !

             "Assez ! Je ne veux pas remonter à l'origine du monde ! Encore trop de siècles ! Je ne veux pas de la Saint Barthélemy, de la prise de Jérusalem par les Croisés, d'Attila, Néron ! Je ne veux pas savoir si Homo sapiens a exterminé Neandertal ! Assez !"

            Jacques avait sauté du divan, couvert de sueurs froides, pâle. Le Maître lui essuyait doucement le visage. "Voilà, c'est fini, j'ai arrêté le fil du temps. Calmez-vous." Le rabbin lui fit boire une tasse de thé fort, lui donna quelques pâtisseries ashkénazes sucrées.

             "Vous voyez, jeune homme, il n'est pas anodin d'entrer dans la mémoire du Monde".

 

Alors, je vous renouvelle :

dans le plus profond de votre for intérieur,

partez à la découverte de la Vraie Nature de Dieu.

 

 

 

FIN

 

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