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Publié par René Mettey

En cette pérriode de Pâques, je vous invite à lire un passage de mon dernier ouvrage "L'essence du christianisme" (vous le trouverez en prime avant édition  dans les "pages").

LA RÉSURRECTION.

            C’est le point le plus difficile à admettre du christianisme, et par manque de chance, le point central, selon Saint Paul !  « Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine ». Paul, 1ère épitre aux Corinthiens.

         Tout séduit dans le christianisme : cette éthique si humaine et absolue que professa le mystique inspiré Yeshoua  bar Iosef, où le plus novateur aphorisme fut : « on vous dit : aime tes amis; moi je vous dis : aime tes ennemis, car si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, où est le mérite ? »;[1] cette théologie qui fait de nous les enfants de Dieu considéré comme un "papa" et non comme un pater familias exigeant, alors qu’il n’exige rien de l’enfant prodigue lors du retour au bercail, mieux, et sans avoir même exigé ce retour.

         Mais si l’on bute sur la résurrection, on ne peut se compter chrétien ?

         Une première et définitive manière de résoudre cette énigme est de ne pas se prononcer et de ne considérer que le Message. La "messe" n’a-t-elle pas étymologiquement le sens de "message "? "Ite missa est" ne signifie pas « partez, la messe est dite » mais « allez, portez le message » !

         « Ils ont tué le messager, ils n’ont pas tué le message » est le cri de ralliement de Reporters sans frontière devant les multiples assassinats de journalistes.

         J’ai entendu le pasteur Woody, dans un autre brillant sermon au temple de l’oratoire à Paris, un jour-même de Pâques, illustrer cette thèse. « Les grands prêtres, dit-il, en payant les gardiens qui venaient leur rapporter que le tombeau était vide, leur recommandant de dire que les disciples avaient volé le corps, n’avaient rien compris ! Ils ont fait un absolu contresens ! Le corps n’avait pas d’importance, seul le Message comptait ! Et ce message a bien ressuscité ». Et il s’est répandu et amplifié dès les premiers jours et jusqu’à aujourd’hui 2 000 ans après, où deux milliards et demi d’êtres humains  reconnaissent Jésus pour maître.[2]

         Les sadducéens et Pilate ont pu tuer le messager, ils n’ont pas tué le Message. Mieux : ils lui ont donné la légitimité et la force du sacrifice ! Car Jésus a voulu être mis à mort dans cette ville sacrée du judaïsme dont il était issu. Il y est venu chercher la consécration suprême. Être sacrifié par les Juifs à quelques mètres du Saint des Saints où se tenait son Père, c’était justifier qu’il était oint par ce Père, et, en étant mis à mort à la demande des Juifs, il justifiait qu'il s'agissait d'une affaire interne au peuple élu.

         Imaginons, dans une uchronie utopique, comme toutes les uchronies, que le sanhédrin se soit divisé et n’ait pas requis la mort; que Pilate n’ait pas vu en ce Yeshoua un danger politique; ou que la foule ait demandé la libération de bar Iosef plutôt que bar Abbas : Jésus est libéré, peut-être après une flagellation d’avertissement, il est reconduit en Galilée avec obligation de ne plus revenir en Judée.

         Qu’en serait-il aujourd’hui ? Jésus aurait pris place parmi les sages de l’Histoire, aux côtés de Socrate, le Bouddha, Sénèque, Épictète, Marc-Aurèle. Le christianisme serait une philosophie que l’on enseignerait en faculté à côté du stoïcisme. Peut-être cette philosophie aurait imprégné quelques religions autochtones comme la philosophie bouddhique a imprégné le Bön tibétain, ou le taoïsme et le confucianisme la religion populaire en Chine.

         Le philosophe contemporain André Comte-Sponville, d'inspiration stoïcienne,  déclare être athée mais suivre les enseignements de Jésus. Le christianisme, en somme, ne serait qu'une version émotionnelle du stoïcisme, né à la même époque.

         Oui, il est légitime d’en rester là, de ne pas se prononcer sur la réalité de la résurrection, tout en se reconnaissant chrétien et être reconnu comme tel.

 

         Mais ne doit-on pas aller au-delà, tout en restant au niveau du rationnel ? de l’acceptable ?

         Écartons les explications trop rationnelles comme le vol du corps pour un ensevelissement caché[3], voire la réanimation d’un blessé grave mais pas mort  –survivre à un coup de lance perçant le cœur par la droite, technique favorite du soldat romain !–, ou, comme le propose Jean-Pierre Giovenco [4]des apparitions dans les rêves de ses disciples et amis. Peter Walker, dans son ouvrage "The week-end that changed the world "[5], étudie de manière rationnelle toutes les hypothèses possibles et plausibles, y compris que les femmes et disciples se soient trompé de tombe, n’ayant pas assisté à l’inhumation.

         Peut-on négliger la transformation de ses disciples, une bande de hippies un peu "allumés", ayant quitté travail voire femmes et enfants pour errer en vivant de la charité des autres; une équipe de craintifs  ayant abandonné leur maître au moment le plus délicat, l’ayant renié pour l’un, se terrant effrayés à Jérusalem pour d'autres, certains fuyant déjà par Emmaüs; disciples, de moutons qu’ils étaient, qui deviennent des lions affirmant leur foi, affrontant la mort sans crainte par lapidation, crucifixion ? Disciples qui transmirent leur foi tellement forte que les disciples secondaires n’ayant pas connu le Christ partagèrent pendant deux siècles cette même fermeté. L’un se fait cuire sur un grill, l’autre se fait transpercer de flèches, une accepte de se faire encorner par un taureau, et ceux qui allèrent ensemble aux lions, sans jamais faiblir ni renier leur foi.

         Ces gens ont dû voir quelque chose et vivre une expérience extraordinaire pour être ainsi transformés. Transformation si extraordinaire qu'ils la transmirent à d'autres.

         On ne se fait pas crucifier, empaler, découper, encorner, déchirer par  un fauve, pour une philosophie, un mythe, les maximes d'un sage !

         Jeune fille aristocrate romaine, on ne refuse pas un bel époux riche et puissant pour quelques belles paroles d’un gourou moyen-oriental !

 

         Quelle est la nature de ce corps qu’ont vu les disciples, image non matérielle qui a traversé les murs,[6]  que n’a pu toucher Marie de Magdala, qu’elle n’a d’ailleurs pas identifié immédiatement, mais bien matérielle pour être touchée par Thomas, partager le repas des disciples à Jérusalem et des pèlerins d’Emmaüs.

         À moins de trancher pour illusions, hallucinations, rêveries prises par auto-persuasion d’espérance puis affabulation "de bonne foi" par la suite dans la rédaction des Évangiles, on ne peut rien proposer d’autre que de l'inexplicable.

         Car qu’ont vécu ces femmes et ces hommes ? Une expérience ineffable : la venue du Messie promis à Israël, la descente du fils de Dieu lui-même parmi eux, l’apport d’un message d’amour absolu, celui du Père pour ses enfants, du Fils pour ses frères, l’assurance de la rémission des péchés, quels qu’ils soient et même les plus honteux – adultère, collaboration avec l’occupant par le recueil des impôts –,  par une simple repentance, sans contrepartie.

         Et ce messager est mort torturé !

         Il n’est pas mort dans son lit entouré de ses disciples à qui il transmit quelques belles paroles, ou assassiné par quelque fanatique comme un Gandhi. Non, arrêté de nuit, jugé ignominieusement, torturé, exposé nu sur la croix des vauriens ![7]

 

         Alors la force de la foi peut créer le déni de la fin de l'aventure, et  concrétiser  la poursuite de cette belle aventure : ils ont vu et touché le Ressuscité, l’ont entendu, comme les enfants de Lourdes et Fatima ont vu et entendu la mère de Dieu, comme le Padre Pio a vu et écouté le Christ, et bien d’autres[8].

         À notre époque où la physique des particules nous révèle que la matière, "c’est du vide", constituée de manière infinitésimale par des quarks  – concentrés de vide –, voire des "cordes" tout aussi immatérielles,  des "ondes" (de quoi? puisque l’hypothèse de l’éther a été infirmée)… à l’heure où la mécanique quantique suggère que c’est notre esprit, notre volonté qui donne la forme que nous voulons à des particules indéterminées à l’origine, qui peut trancher avec certitude que ces événements ont réellement eu lieu, ou pas, ni dire sous quelle forme ?

 

         Ils ont bien vu, entendu, et touché, non Jésus, mais le Christ.

 

[1] Cette phrase est magnifiquement  illustrée dans le plus merveilleux film tourné sur le Christ "L'évangile selon Di Mateo" de Pier Paolo Pasolini, athée, marxiste, "débauché" !

[2] Un rabbin israélien, interrogé sur ce que représentait Jésus pour lui, répondit « il s’agit d’une Énième tentative de messianisme avortée ». Avortée ! Diantre ! Avec deux milliards et demi de fidèles aujourd'hui !

[3] Comme il en fut de celui de Spinoza.

[4] La conjuration de Judas. Édilivre.2018

[5] Westminster John Knox press. Louisville. Kentucky. 2000. Non traduit en français mais écrit dans un anglais abordable,

[6] Je me suis demandé, s’il était sorti du tombeau en traversant la roche, pourquoi la pierre de fermeture avait été roulée ? Mais il fallait que Marie de Magdala et les disciples accourus en voient l’intérieur !

[7] Le supplice de la croix avait deux fonctions : réservé à ceux qui s'opposaient à l'État  – comme Spartacus et ses esclaves révoltés – il était aussi une peine infamante pour les vauriens, suspendus agonisant nus aux yeux de tous. Jésus fut crucifié en tant que "Roi des Juifs" mais entre deux bandits.

[8] Vide infra "le miracle de Fatima".

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