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Il m'a été dit que mon aphorisme sur la seule différence de degré, et non de nature, entre accepter la souffrance délibérée des animaux et accepter Auschwitz, était excessive, voire choquante.

Je ne le retire pas. Bien sûr, faire souffrir des animaux, même mammifères supérieurs et donc susceptibles d'avoir un certain degré de conscience (voir ci-contre mon ouvrage sur la conscience), et faire souffrir des hommes n'est pas du même niveau d'immoralisme, mais c'est de même nature, seul le degré diffère. (L'Eglise catholique a bien distingué le péché véniel du péché grave et enfin du péché mortel, mais ils restent des péchés!).

Si nous nous ne nous efforçons pas d'extirper de nous, et si les pédagogues, parents, hommes publics, enseignants etc... ne s'efforcent pas d'extirper des jeunes toute tendance à faire souffrir, alors la pente douce puis abrupte qui mène au crime individuel puis de masse restera présente!

"Qui vole un oeuf vole un boeuf", dit la sagesse populaire; "tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des guerres" disait Pythagore!

 

Il y a peu, je lisais assidûment le Journal Officiel (Stendhal lisait bien le Code Civil...). Une loi me mit mal à l'aise : elle décrivait les modes de mise à mort de certains animaux. Avec détachement, avec neutralité, le législateur décrivait comment asphyxier les visons avec efficacité et sans souffrances inutiles. Tout était prévu: la chambre de production des gaz (oxyde de carbone), la trappe qui fait tomber les visons dans cette chambre etc... L'article suivant légiférait sur le tri des poussins dans les élevages industriels et la mise à mort en masse des mâles. Je passe sur le mode. Il est horrible. Suivaient d'autres articles sur d'autres espèces.

Cette lecture me faisait ressentir un malaise grandissant que je ne pouvais comprendre: certes il faut bien se nourrir de poules, mais pourquoi tuer les coqs? Un peu dure la chair de coq?  mais la recette du coq au vin la ramollit... Et qu'avons nous à faire de couvrir nos femmes de visons?

Mais ce qui en fait me rendait malade, c'est que naissait en moi l'idée que si des technocrates et des législateurs avaient pu élaborer et imprimer ce type de loi avec un tel détachement, d'autres législateurs pourraient le faire pour des hommes...

Et l'Histoire montre bien qu'il en fut ainsi...

Un maître de conférence d'histoire, rédigeant un mémoire, avait retrouvé les devis qu'une entreprise allemande avait réalisés pour les chefs nazis à propos des chambres d'extermination à gaz. On y retrouvait le même détachement. Cela est resté intact dans ma mémoire. Il y avait des plans d'architecte bien dessinés. On y faisait remarquer que le cyanure -le Zyklon B n'est que le nom commercial- étant corrosif et attaquant le métal, il fallait des hélices en bois pour évacuer les gaz. La nature du bois était même précisée, le hêtre ou le bouleau étant préférable au chaîne -je ne sais plus-.... Des chercheurs, des ingénieurs ont pu rédiger cela! Sans émotions! *

Soyons en persuadé : différence de degré, non de nature.

 

Certes, pas question de faire des minauderies, et déguster un tournedos rossini (horreur : du boeuf sur du foie gras!) est un moment privilégié. Il m'est arrivé, avec mon épouse, d'avoir envie de nous "mettre à genoux" devant un pavé de boeuf charollais servi à Cluny, mais il est inutile de consommer trop de viande, et faire en sorte que peu de bovins, caprins, ovins, soient sacrifiés pour nous, et s'assurer qu'ils soient mis à mort rapidement et sans stress.

 

*Il nous faut saluer un grand peuple, bien plus évolué que nous: les britanniques (qui ont inventés les "droits de l'homme" dès le XVIIè siècle avec l'habeas corpus et la démocratie trois siècles avant nous avec la première monarchie parlementaire au monde). Il y a quelques années, les dirigeants de ce peuple se rendirent compte qu'il n'était "pas classe" d'exécuter leurs condamnés par pendaison. Ils résolurent d'imiter leurs cousins américains en procédant par injection létale. Le ministère de la justice demanda au Royal Board of medecine (leur conseil de l'ordre des médecins) de proposer un protocole britannique : produits à utiliser, combinaison, doses etc... La réponse du Board fut rapide :"tout médecin qui participerait même partiellement à l'élaboration d'un protocole d'exécution ou qui en serait acteur même en rôle secondaire  serait immédiatement et définitivement rayé du tableau". L'affaire était entendue, la peine de mort fut abolie.

 

 

 

 

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