Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par René Mettey

L'ESSENCE DU CHRISTIANISME

 

Ouvrage en cours de rédaction.

(vérifications des références, correction et ajouts de chapitres en cours).

Cette partie est publiée car elle constitue la fin de la trilogie commencée avec "Les énigmes de la conscience" (Frison-Roche éditeur, Paris 2018) puis "Moloch, le dieu mauvais" (en cours d'édition), car il complète er donne une vision nouvelle du second.

 

 

 

Dieu n’est pas l’origine de l’univers, Il en est le but.

 

Le christianisme est la seule proposition qui résolve tous les problèmes : fusion avec Dieu et sauvegarde de sa personnalité.

On est prisonnier de soi, enfermé dans la prison de soi, limité à sa pauvre personne, on est seul, des langes au linceul, et pour l’éternité. Le for intérieur est un fort intérieur.

Le bouddhisme, l’hindouisme, permettent de s'échapper de cette prison, mais pour se fondre dans le Tout, appelé nirvâna ou le brahman, qu'importe, c’est à dire perdre son soi, son histoire, ses ressentis et expériences, en somme disparaître et les rendre nuls et non-advenus, non vécus !

Le christianisme, où le sauvé entre en paradis avec la "vision béatifique de Dieu", donc fusion de cet esprit  insufflé en Adam  qui retourne à son origine, et qui entre en même temps dans la "communion des saints". Certes fusion avec les autres élus, mais en gardant sa personnalité passée, car l’Église admet et recommande de s’adresser à chaque saint individuellement.

De même, à la question-piège des sadducéens  sur lequel des sept maris la sept fois veuve sera l'épouse, Jésus répond  « lorsque l'on ressuscite des morts, on n'épouse plus, on n'est plus épousée, on est comme dans anges dans les cieux ». Donc plus de notion de sexualité, mais le genre persiste, car la personnalité persiste.

 

 

 Dans le christianisme, le sauvé est à la fois SOI, TOUS et TOUT !

 

Alors partons à la rencontre de nos dogmes et croyances, mais  animé par la foi nouvelle fondée sur la connaissance  d'aujourd'hui.

 

Mes amis protestants, dont j'ai rejoints les rangs du courant libéral depuis des années, moi qui ai envisagé  dans ma jeunesse  me présenter à la prêtrise, me pardonneront de revisiter surtout les conceptions catholiques romaines, mais "qui peut le plus peut le moins".

 

 

 

Le péché originel.

 

Commençons par les origines !

Même si les abominations permanentes que l’instinct sexuel a causé (cf Moloch, le Dieu mauvais, "le livre qui rend fou", sur ce site), le péché originel ne peut être le premier acte sexuel, car Dieu a enjoint au couple des origines « de croître et se multiplier »!! et ceci même si Adam a connu Ève  seulement après la sortie d’Eden[1].

Le péché originel est cet instinct de tueur qui anime, a animé, animera toujours l’homme.

Plus on la découvre, et autant qu'on remonte, toute l’histoire de l’humanité n’est que tueries, de masse, individuelles, par goût du lucre, de puissance, appel sexuel, appât du gain, susceptibilité, ou même simple plaisir à tuer !

L’homme est un être pervers par nature.

Par nature ? Mais alors, d’où lui vient ce remord constant de ne pas faire le bien ? Cette béatitude quand il se laisse aller à un acte de compassion ? Cette laetitia spinozienne ?

Le pire meurtrier a des éclairs de compassion, comme l’a sublimement illustré Victor Hugo[2]. Un jeune garçon en camp de concentration, affamé, condamné à être tué pour avoir volé de la nourriture, voit le jeune SS chargé de cette besogne le laisser fuir en disant « je ne tue pas les enfants ». Elizabeth Kübler-Ross[3], Roman Polanski[4], Hélie de Saint Marc[5], ont rapporté, avec bien d'autres, des actes de compassion inattendus.

 

Sur les plans historiques et évolutionnistes, on peut relever que l’accélération évolutive de Homo est apparue quand les homininés, de doux végétariens qu’ils étaient, ont commencé à tuer des animaux pour s’en nourrir, et de là à tuer ses semblables. Arthur C. Clarke, dans son roman "2001 Odyssée de l'espace" et mieux encore Stanley Kubrick dans son film éponyme l'illustrent : dès qu'un homininé (australopithèque ? Homo antecessor, erectus ?) a découvert que l'on pouvait  tuer un animal avec un outil, il s'en sert pour tuer son semblable ! Les découvertes archéologiques les plus anciennes révèlent d’emblée tueries, conquêtes, assassinats. Le plus ancien village identifié, fortifié d'ailleurs, a révélé de nombreuses pointes de flèches sur son pourtour. Ötzi est mort criblé de flèches il y a 5 000 ans, et ses armes comportaient la trace de quatre sangs différents  !

L'ancêtre ne devient homme qu'en tuant. Il naît entaché de cet instinct.

Même l’enfant l’exprime : William Golding l’illustre dans  "Sa majesté des mouches"  où des enfants isolés sur une île en arrivent à tuer par jeu et pour le contrôle du  groupe.

 

La grande notion chrétienne du péché originel est celle de la nature criminelle de l’homme.

 

 

La Trinité

 

La Trinité est la notion la plus complexe à comprendre, et à admettre, de la théologie chrétienne. Et moi-même je la rejette si comprise au premier degré.

Car si comprise comme trois entités différentes, comme d’ailleurs le conçoivent les Mormons, on en revient au polythéisme. Cela n’a rien de honteux, à condition de l’affirmer comme tel !

Car si comprise comme trois aspects d’une même entité, le Père dans son aspect de créateur (comme Ptah, dieu égyptien des artisans et architectes, conçu peu à peu comme créateur, repris par la franc-maçonnerie sous le nom de « Grand Architecte de l’univers »), le fils comme incarnation du Père, le Saint Esprit comme l’entité spirituelle qu’ils envoient l’un et l’autre, alors pourquoi s’arrêter à trois aspects ? Pourquoi ne pas inclure d’autres personnes pour les attributs de Justice, de Pardon, de mort et de résurrection etc.

Spinoza définit Dieu comme un être infini en tous ses attributs[6]. Tous ? Pourquoi se limiter à trois ?

Les hindouistes ont leur propre trinité, Brahma qui crée, Vichnou qui maintient, Shiva qui détruit, mais y ont adjoint Krishna l’incarné, dont la naissance reproduit à merveille la vie du Christ[7], Ram le compatissant, Kali la mère, Ganesh le sage, et tant d’autres...

Et, si l’on admet « sola scriptura  » mais toute l’écriture et au premier degré, il faut admettre une quadrinité ! En effet, lors du baptême du Christ, Dieu le père parle et envoie son esprit « comme une colombe ». Quand le Christ commence son ascension il promet d’envoyer « son esprit » à ses disciple. Son esprit qui descendra sous forme de langues de feu surplombant la tête de ses disciples. Cette même langue de feu figurée sur le sommet des Bouddhas birmans...

Et il y a bien deux Esprits Saints, car le Christ n’a pas dit : « je vous enverrez l’Esprit de mon père », ni « notre Esprit »...

D’ailleurs les Mormons ont franchi le pas en déclarant que les trois personnes de la Trinité sont distinctes. Mais ils s’affirment quand même  monothéistes ... sans s’avancer à justifier cette incohérence.

Les témoins de Jéhovah ne sont pas trinitaires, sans que l’on puisse les juger unitariens. Ils font du Saint Esprit l’inspiration du Père. Leurs fondateurs firent du Christ un être créé par le Père, envoyé par lui, qu’il a ressuscité, et récemment ils en font l’incarnation de l’archange Michaël ! Vraiment la nature du Christ est  loin encore d'être résolue.

On le constate, cette trinité unitaire ne cesse de poser des problèmes, car cette définition d'un seul "Dieu en trois personnes" semble bien être ce qu'elle paraît : une belle construction intellectuelle de la pensée grecque…

 

Alors, comment comprendre cette Trinité ?

Une belle conception l’illustre : le Père embrasse le Fils, et l’Esprit est ce baiser.

Ainsi tous sont Un, et distincts.

Le chef d’œuvre d’Andrei Roublev figure la Trinité sous la forme de trois anges : le St Esprit présente le Fils au Père.

 Et déjà dans la Bible hébraïque Dieu se présente à Abraham sous la forme de trois hommes[8] - en fait des anges, id est des "envoyés" de Dieu, la Thora ne distinguant pas le Seigneur de ses envoyés, comme le prouve cette éternelle controverse de traduction et d’interprétation : contre qui s’est battu Jacob ? un homme,  Dieu ou l’ange de Dieu[9] ?

 

Unitarisme

 

Cette difficulté à admettre la notion de Trinité, si on n’en saisit pas l’essence, a nourri l’unitarisme. Dès que l’on accepte que Jésus de Nazareth, ou le Nazir, ou le nazaréen[10] est homme, naturellement homme, il redevient Yeshoua bar Iosef bar Myriam [11]et le problème de la Trinité disparaît.

L’avantage de cette conception est que l’unitarisme devient le lien avec le judaīsme dans sa forme « des juifs avec Jésus » qui admettent que Jésus fut le messie mais en rejetant le fait qu’il fut Dieu.

Cette apothéose était d’autant plus facile à décréter pour les chrétiens des premiers siècles que déifier un homme illustre était chose commune alors ! Les empereurs romains étaient divinisés, et c’est pourquoi les premiers chrétiens refusaient de les honorer. Il subsiste à Vienne un très beau temple d’Auguste,  élevé du vivant d'Auguste, et dédié en complément à Livie, son épouse,  lors de sa divinisation en 42…  

Les premiers penseurs chrétiens étaient de philosophie grecque, et les Grecs antiques divinisaient à tour de bras ... Asclepios, simple médecin mortel qui donna naissance à la dynastie des Asclépiades, médecins exerçant à Cos, dont Hippocrate, devint vite le dieu Esculape. Le serment d'Hippocrate débute par « je jure par Apollon-médecin, Esculape, [ …] et tous les dieux…»

L’Église catholique semble en reprendre l’habitude avec ses canonisations récentes en rafale (Paul VI, Jean XXIII, Jean-Paul II, Mère Teresa n’ont pas attendu des siècles avant cette consécration).

Il existe des Églises qui prennent cette dénomination d’unitariennes uniquement aux États-Unis car ailleurs le courant unitarien est resté intégré au sein des Églises réformées surtout, et non seulement au sein du protestantisme libéral. Quand les confessions réformées et luthériennes se sont unies il y a peu, elles établirent un projet de profession de foi commune qui fut refusé dans un premier temps par les réformés car il était trop explicitement trinitaire, « pour ne pas froisser les fidèles de tendance unitarienne en leurs rangs »... On compta dans ces rangs de brillantes personnalités : Albert Schweitzer, la lignée des pasteurs Monot à la suite de Wilfred et Théodore, le pasteur Wagner[12].

 

L’ennui avec cette conception est qu’elle peut entraîner vers une sortie graduelle du christianisme...[13] une des plus importante Église unitarienne des USA a ajouté à sa dénomination « universaliste » pour supprimer « unitarienne » par la suite. Elle admet en son sein des bouddhistes, des musulmans, des agnostiques et des athées !

.

Jésus fils de Dieu.

 

L’essence du christianisme est alors bien de transcender cette existence de Jésus en une transformation d’un homme en Dieu, non pas en un dieu, mais "en Dieu" compris comme "à l’intérieur de Dieu".

Jésus s’est toujours désigné "fils de Dieu" (qu’il interpellait « Abba » c’est à dire « Papa ») et plus souvent "fils d’homme", "ou "fils de l'homme" suivant les traducteurs,  expression ésotérique de signification obscure mais que rien n’empêche de prendre au premier degré.

De même que les Hébreux, puis à leur suite les Israélites et les Juifs, ont ressenti au mieux l’appel du Dieu unique (id est "ont été choisis par Dieu", "ont constitué le peuple élu"), Yeshoua bar Iosef  bar Myriam, issu de ce peuple, fils d’homme, a ressenti au maximum jamais possible  cet appel de Dieu, et surtout l’a appliqué de façon absolue. Il accepté de mourir après flagellation, humiliation, couvert de crachats, marche au supplice portant le patibulum et chutant sur la face, crucifixion. Il est l’homme qui a ressenti au mieux l’amour inconditionnel de Dieu : «  Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », ce fils d’homme l'a exprimé au mieux que nous, fils d’homme appelés aussi  à être fils de Dieu, mais Lui l’a accompli, vrai homme il est devenu vrai dieu. Il nous a montré la voie, à tous : "Christ pantocrator des orthodoxes", et il attire nos âmes : "Christ psychopompe ".

Alors ces discussions sur sa nature sont vaines si on perçoit l’essence du christianisme.

 

 

 

[1] ce que relèvent les Mormons, estimant en cela que Dieu a souhaité que l'homme désobéisse.

 

[2] dans son poème « XXX « Un chef de.razzia musulman, qui vient de prendre une ville en en massacrant quasi toute la population, pousse du pied un porc égorgé agonisant au soleil pour lui permette de mourir à l’ombre. Mourant quelques instant après, ce sont les anges qui viennent le chercher pour le conduire au Paradis !

[3] Elizabeth Kübler-Ross rapporte ce que lui a raconté une jeune femme rescapée d'un camp de la mort. Les occupantes d'un baraquement sont emmenées à la chambre à gaz. Mais elle ne peut y être introduite car la salle est pleine et qu'il faut que la porte soit étanche, sous peine d'intoxiquer les SS et kapos. L'un d'entre eux la reconduit au baraquement. Le lendemain, après qu'un nouveau contingent est arrivé, les occupantes sont à nouveau emmenées, mais le kapo, la reconnaissant, lui dit de rester là, car "elle va être en surnombre". Et cela se reproduira pendant une semaine, le temps que l'Armée Rouge délivre le camp.

[4] Voir le film "Le pianiste" où un officier allemand le protège et le nourrit.

[5] Hélie de Saint Marc, déporté à Buchenwald, se rend vite compte qu'à travailler intensivement, sous les coups des gardes,  en étant sous-nourri, il va mourir vite. Il réussit à trouver une cache dans la grotte qu'il doit creuser avec ses compagnons. Découvert par un garde pour un bout de manteau qui dépassait, ce dernier, redouté pour sa brutalité, au lieu de le battre ou le tuer, surpris par sa découverte,  éclate de rire et le laissera se cacher  sans travailler les jours suivants !

[6] "J'entends par Dieu un être absolument infini, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs". L'éthique. Spinoza précise "une infinité d'attributs", et pas "ses attributs", ce qui permettrait de les limiter, et en tout cas pas "ses trois attributs".

[7] visitant un temple hindouiste  à l’Ile Maurice avec la jeune fille du brahmane pour guide, celle-ci nous déclara devant la statue de Krishna : « c’est notre Christ , né aussi d’une femme sans rapport sexuel, et avatar (incarnation) de Vichnou ».

[8] Génèse 18,1-33; dans ce passage, les différentes traductions utilisent "trois homme", "trois anges", et ceux-ci parlent tantôt au pluriel, quand ils s'adressent à Abraham, tantôt au singulier, lorqu'"ils" pensent. L'image d'un seul Dieu en trois personnes est bien précise.

[9] Génèse 32-25-29

[10] un nazir, ou nazôréen, était un enfant consacré à Dieu par ses parents dès sa naissance. Jésus est appelé « le nazaréen » tout au long du Coran.

[11]L’araméen étant la langue commune à l’époque, Yeshoua devait être dénommé bar Iosef plutôt que ben Iosef, à l'instar du célèbre bar Abbas.

 

[12] il faut noter que les Églises et associations unitariennes annexent de manière abusive ces personnalités, qui sont pour la plupart restées au sein de leurs confessions, comme c'est le choix  encore aujourd’hui des protestants (voire même des catholiques d’après certaines confidences) de conception unitarienne.

 

[13] comme la « théologie de la mort de dieu » des pasteurs Boenhaufer, Paul Tillich et de l’évêque anglican Robinson a conduit plus d’un théologien à... l’athéisme.XXX

 

Marie, vierge et mère.

 

Il est difficile de ne pas voir la grande figure de Marie, « theotocos » ("qui donne naissance à Dieu") déesse elle-même pour les catholiques qui la déclarèrent corédemptrice de l’humanité  avec le Christ  -rétablissant de facto, volens nolens, le polythéisme- comme l’incarnation ultime et sublime des éternelles figures de la grande déesse-mère.

Marie est en fait la mère éternelle, la « materia prima », la matérialité initiale apparue en premier à la création, que les ésotéristes ont représenté sous la forme d’une vierge noire, cette vierge noire que l’on retrouve dans quantités d’églises, et qui posent tant de problèmes à tant de clercs...

Marie est à la fois vierge et mère car infécondée et source de tout. Infécondée par la Matière, mais fécondée par l’Esprit.

En priant Marie, le catholique -romain ou orthodoxe- prie le souvenir de cette jeune fille Myriam devenue mater dolorosa pour toute l’humanité. Toutes les femmes[1] se retrouvent en elle, tous les hommes se reposent sur le sein de leur mère.

Marie est la nature féminine de Dieu, cette nature féminine que les hébreux et Israélites ont fait disparaître en oubliant Ashera, la parèdre de YHWH.

 

Il est triste pour les protestants, à la suite du pisse-vinaigre et machiste Calvin, d’avoir occulté la figure de Marie, et j’ai entendu certains d'entre eux, en fait certaines d’entre elles, le reprocher à leurs clercs avec une certaine véhémence.

À la sortie d’un culte de Noël où aucune allusion n’avait été faite à Marie, une paroissienne avait interpelé le pasteur : « et alors, Jésus est né par génération spontanée ? Est-ce un rien que de porter un enfant et d’accoucher ? On voit que vous êtes un homme pour l’ignorer ! »

Au temple de l’Oratoire, pourtant haut lieu du protestantisme libéral, où actuellement les deux pasteurs titulaires sont des femmes, on ose avec crainte et tout étonné de son courage faire retentir la musique -non accompagnée des paroles- de l’Ave Maria à ce culte de Noël...

 

La résurrection.

 

C’est le point le plus difficile à admettre du christianisme, et par manque de chance, le point central, selon Saint Paul !  « Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine ». Paul, 1ère épitre aux Corinthiens.
 

Tout séduit dans le christianisme : cette éthique si humaine et absolue que professa le mystique inspiré Yeshoua bar Iosef, où le plus novateur aphorisme fut : « on vous dit : aime tes amis; moi je vous dis : aime tes ennemis, car si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, où est le mérite ? »;[1] cette théologie qui fait de nous les enfants de Dieu considérés comme "papa" et non comme un pater familias exigeant, alors qu’il n’exige de l’enfant prodigue que le simple retour au bercail, mieux, sans l'avoir même exigé.

 Mais si l’on bute sur la résurrection, on ne peut se compter chrétien ?

 

Une première et définitive manière de résoudre cette énigme est de ne pas se prononcer et de ne considérer que le Message. La "messe" n’a-t-elle pas étymologiquement le sens de "message "? "Ite missa est" ne signifie pas « partez, la messe est finie » mais « allez porter le message » !

« Ils ont tué le messager, ils n’ont pas tué le message » est le cri de ralliement de Reporters sans frontière devant les multiples assassinats de journalistes.

J’ai entendu le pasteur Woody, dans un autre brillant sermon au temple de l’oratoire à Paris, un jour même de Pâques, illustrer cette thèse. « Les grands prêtres, dit-il, en payant les gardiens qui venaient leur rapporter que le tombeau était vide, leur recommandant de dire que les disciples avaient volé le corps, n’avaient rien compris ! Ils ont fait un absolu contresens ! Le corps n’avait pas d’importance, seul le Message comptait ! Et ce message a bien ressuscité ». Et il s’est répandu et amplifié dès les premiers jours et jusqu’à aujourd’hui 2 000 ans après, où deux milliards et demi d’êtres humains le reconnaissent pour maître.[2]

Les sadducéens et Pilate ont pu tuer le messager, ils n’ont pas tué le Message. Mieux : ils lui ont donné la légitimité et la force du sacrifice ! Car Jésus a voulu être mis à mort dans cette ville sacrée du judaïsme dont il était issu. Il y est venu chercher la consécration suprême. Être sacrifié par les juifs à quelques mètres du Saint des Saints où se tenait son Père, c’était justifier qu’il était oint par ce Père.

Imaginons, dans une uchronie utopique comme toutes les uchronies, que le sanhédrin se soit divisé et n’ait pas requis la mort; que Pilate n’ait pas vu en ce Yeshoua un danger politique, ou que la foule ait demandé la libération de bar Iosef plutôt que bar Abbas : Jésus est libéré, peut-être après une flagellation d’avertissement, il est reconduit en Galilée avec obligation de ne plus revenir en Judée.

Qu’en serait-il aujourd’hui ? Jésus aurait pris place aux côtés des sages de l’Histoire, avec Socrate, le Bouddha, Séneque, Épictecte, Marc-Aurèle. Le christianisme serait une philosophie que l’on enseignerait à côté du stoïcisme. Peut-être cette philosophie aurait imprégné quelques religions autochtones comme la philosophie bouddhique a imprégné le Bōn tibétain, le taoïsme et le confucianisme en Chine.

 

Oui, il est légitime d’en rester là, tout en se reconnaissant chrétien et être reconnu comme tel.

 

Mais ne doit-on pas aller au-delà, tout en restant au niveau du rationnel ? de l’acceptable ?

Écartons les explications trop rationnelles comme le vol du corps pour un ensevelissement caché, voire la réanimation d’un blessé grave mais pas mort  -survivre à un coup de lance perçant le cœur par la droite, technique favorite du soldat romain !-, ou, comme le propose Jean-Pierre Giovenco [3]des apparitions dans les rêves de ses disciples et amis. Peter Walker, dans son ouvrage "The week-end that changed the world "[4], non traduit en français mais dans un anglais abordable, étudie de manière rationnelle toutes les hypothèses possibles et plausibles, y compris que les femmes et disciples se soient trompé de tombe, n’ayant pas assisté à l’ensevelissement.

 

Peut-on négliger la transformation de ses disciples, une bande de hippies un peu "allumés", ayant quitté travail voire femmes et enfants pour errer en vivant de la charité des autres; une équipe de peureux  ayant abandonné leur maître au moment le plus délicat, l’ayant renié pour l’un, se terrant effrayés à Jérusalem, certains fuyant déjà par Emmaüs; disciples, de moutons qu’ils étaient, qui deviennent des lions affirmant leur foi, affrontant la mort sans crainte par lapidation, crucifixion ? Disciples qui transmirent leur foi tellement forte que les disciples secondaires n’ayant pas connu le Christ partagèrent pendant deux siècles cette même fermeté. L’un se fait cuire sur un grill, l’autre se fait transpercer de flèches, une accepte de se faire encorner par un taureau, et ceux qui allèrent ensemble aux lions, sans jamais faiblir et renier leur foi.

Ces gens ont dû voir quelque chose et vivre une expérience extraordinaire pour être ainsi transformés.

On ne se fait pas crucifier, empaler, découper, pour une philosophie, un mythe, les maximes d'un sage !

Jeune fille aristocrate romaine, on ne refuse pas un bel époux riche et puissant pour quelques belles paroles d’un gourou moyen-oriental !

XXX, scientifique agnostique invité à l’étude du linceul de Turin, exprime la même constatation.(1)

 

Quel est la nature de ce corps qu’ont vu les disciples, image non matérielle qui a traversé les murs[5] que n’a pu toucher Marie de Magdala, qu’elle n’a d’ailleurs pas identifié immédiatement, mais bien matérielle pour être touchée par Thomas, partager le repas des disciples à Jérusalem et des pèlerins d’Emmaüs.

À moins de trancher pour illusions, hallucinations, rêveries prises par auto-persuasion d’espérance puis affabulation "de bonne foi" par la suite dans la rédaction des Évangiles, on ne peut rien proposer d’autre que du merveilleux.

Car qu’ont vécu ces femmes et ces hommes ? Une expérience ineffable : la venue du Messie promis à Israël, la descente du fils de Dieu lui-même parmi eux, l’apport d’un message d’amour absolu, celui du Père pour ses enfants, du Fils pour ses frères, l’assurance de la rémission des péchés, quels qu’ils soient et même les plus honteux -adultère, collaboration avec l’occupant pour le recueil des impôts- par une simple repentance, sans contrepartie.

Et ce messager est mort torturé !

Il n’est pas mort dans son lit entouré de ses disciples à qui il transmit quelques belles paroles, ou assassiné par quelque fanatique comme un Gandhi. Non, arrêté de nuit, jugé ignominieusement, torturé, exposé nu sur la croix des vauriens !

 

Alors la force de la foi peut créer avec autant de force le déni de la fin de l'aventure mais la concrétisation de la poursuite de cette belle aventure : ils ont vu et touché le Ressuscité, l’ont entendu, comme les enfants de Lourdes et Fatima ont vu et entendu la mère de Dieu, comme le padre Pio a vu et écouté le Christ, et bien d’autres[6].

 

À notre époque où la physique des particules nous révèlent que la matière, "c’est du vide", constituée de manière infinitésimale par des "ondes" (de quoi? puisque l’hypothèse de l’éther a été infirmée) nommées quark, voire cordes... à l’heure où la mécanique quantique suggère que c’est notre esprit , notre volonté qui donne la forme que nous voulons à des particules indéterminées à l’origine, qui peut trancher avec certitude que ces événements n’ont réellement eu lieu, ni dire sous quelle forme ?

 

Ils ont bien vu, entendu, et touché, non Jésus, mais le Christ.

 

[1] Cette phrase est merveilleusement illustrée dans le plus merveilleux film tourné sur le Christ "L'évangile selon Di mateo" de pasolini, athée, marxiste, "débauché" !

[2] un rabbin israélien, interrogé sur ce que représentait Jésus pour lui, répondit « il s’agit d’une Nième tentative de messianisme avortée ». Avortée ! Diantre ! Avec deux milliards et demi de fidèles !

[3] La conjuration de Judas. Édilivre.2018

[4] Westminster John Knox press.Louisville. Kenticky. 2000

[5] je me suis demandé, s’il était sorti du tombeau en traversant la roche, pourquoi la pierre de fermeture avait été roulée ? Mais il fallait que Marie de Magdala et les disciples accourus en voient l’intérieur !

[6] Vide infra "le miracle de Fatima".

 

[1] Swami Ramdas, le mystique hindou, appelait "ami" tout homme, et "mère" toute femme, fillettes et stériles y compris, car toute femme est source de vie, qu'elle donne lcette vie, l'amour maternel, matériellement ou pas. (Carnets de pélerinage. Plon)

 

Les miracles.

 

Les miracles doivent être abordés sous deux angles d'incidence : les actions miraculeuses de Jésus, et les miracles postérieurs, que ce soient les guérisons obtenues par l'intermédiaire d'un saint, de la Vierge Marie, ou les occurrences inattendues, tels que les conservations prolongées de corps de personnages religieux.

 

Les miracles de Jésus.

 

Il est une interprétation qui doit immédiatement être écartée : celle d'une explication "rationnelle" de ces événements.

Ainsi certains d'expliquer que les aveugles guéris étaient en fait atteints de conjonctivite ou blépharite chronique, le pus solidifié empêchant les paupières de se décoller. Eh bien une simple application de boue ("Jésus mélangea de la terre avec sa salive") sur ces croûtes suffisait à les décoller. Voire simplement les laver avec de l'eau. Beau miracle apte à impressionner les foules ! A-t-il fallu attendre Jésus pour inventer une thérapeutique si simple ? Toute mère, devant les paupières colées par des larmes séchées d'un nouveau-né trouve spontanément cette humification avec un coton imbibé d'eau ! Sont-elles toutes des thaumaturges ?

À Cana, nous explique-t-on,  Jésus "transforme l'eau en vin" facilement : le vin antique était épais, avec une importante partie solide,  quasiment du moût. D'ailleurs le maître de maison, au début d'un banquet, goûtait le vin et indiquait quelle quantité d'eau, souvent tiède, ajouter. Et les jarres vides de sécher avec le résidu. Donc, il a suffi  à Jésus d'indiquer de remplir les jarres, vides depuis deux jours, d'eau tiède, car il savait qu'elles contenaient des restes secs, de faire touiller un peu, et voilà, les convives, déjà un peu avinés[1] d'après l'évangile, de réjouir  que le maître ait gardé son meilleur vin pour la fin ! Certes, au troisième jour de la noce, on pouvait tout leur servir !

Pauvre explication ! Ainsi le monde antique, de la Gaule à la Grèce, de la Rome à la Lybie, a attendu le Messie pour lui indiquer cette petite astuce !

Un illusionniste réputé, Gérard Majax, homme pourtant respectable  et honnête, ayant toujours affirmé qu'il n'était qu'un  illusionniste et ayant dénoncé une infinité de charlatans et gourous auto-proclamés (dont Ury Geller), s'est commis à signer un livre "Les miracles de la bible vus par un illusionniste"[2]. Pour lui, tout est explicable à coup de techniques et prestidigitation : changer de l'eau en vin, multiplier les pains (et on a bien vu un magicien comique multiplier des bouteilles pleines sur la scène); guérir les prétendus trachomes qu'il dévaluent en simples conjonctivites, comme évoqué supra. Chasser les démons ? Simple suggestion.

Mieux, ou pire selon l'appréciation, il décrit un Jésus ayant recours à des assistants ou des complices (sic) pour mettre en scène des pantomimes. De tout temps en effet des faux paralysés guérissent, de faux aveugles revoient, de faux morts sortent de leur tombeau en boitillant, enserrés qu'ils sont dans leurs bandelettes !

De telles explications sont si misérables que je me suis contenté de lire quelques comptes-rendus de ce livre sans m'être donné la peine de le feuilleter.

Une seule question à Gérard Majax : peut-il citer un seul imposteur allant jusqu'à accepter l'exécution pour valider ses illusions ? Et il ne s'agit pas  d'une arrestation suivie rapidement d'une fusillade ou une pendaison, mais d'une suite d'humiliations, de menaces, de tortures mentales ou physiques, où à tout moment le mis en cause peut tout arrêter en avouant son imposture ?

 

 

La seconde approche est celle d'une utilisation purement hagiographique des miracles. Un théologien protestant a déclaré, et en public lors d'une initiation à la théologie, qu'aucun miracle n'est rapporté dans la source Q[3], cette première rédaction des actes et dits de jésus, dont des phrases se retrouvent intégralement, au mot près, dans les évangiles de Mathieu et Luc. Cette source Q, certainement écrite, a disparu, et donc on ne peut que supposer cette absence de mention des miracles. Elle semblait n'être qu'un recueil des "logia" (paroles) de Jésus, analogue à "l'évangile de Thomas", déclaré apocryphe par les Églises au IIè siècle et redécouvert en 1945 à Nag Hammadi. Pour lui, les évangélistes ont  agrémenté ces dires, remis en situation par les souvenirs de ceux qui avaient vécu cette prédication, de récits miraculeux, pour  renforcer la croyance en la vérité du message du Christ.

 

Toujours dans cette veine, les miracles ont été ajoutés dans un but symbolique pour illustrer et renforcer la portée théologique de cette vie de Jésus.

Et en effet, tous les "miracles" sans exception peuvent faire l'objet d'une analyse hautement symbolique. Inutile de s'y étendre, ces analyses faisant l'objet de tout cours de théologie et de multiples commentaires des écrits sacrés.

En ne nous attardant que sur le premier des miracles, les noces de Cana : l'eau remplie dans les jarres est l'eau du baptême de Jésus qui va ainsi devenir  le Christ, et le vin est le sang qui clôturera le parcours divin. D'ailleurs issue de la blessure de la lance cette eau précèdera le sang du sacrifié. Ainsi le premier "miracle" symbolise toute la théologie chrétienne.

Cependant cet écoulement  est parfaitement plausible. Un homme ayant subi une telle torture et un tel stress peut avoir développé un épanchement sérique pleural, et la lente asphyxie du supplice de la croix peut très bien l'augmenter ou le produire. Ainsi la lance pénétrant à droite a transpercé la plèvre, d'où cet écoulement aqueux, puis continuant son parcours derrière le sternum –suivant la technique classique des légionnaires romains- a atteint le cœur, d'où cet écoulement sanglant.

Ainsi les écrits miraculeux sont  une présentation symbolique par les évangélistes d'événements survenus réellement.

Mais quels étaient ces événements ?

Un  certain nombre ont été réinterprétés et enjolivés par ceux à qui on les a rapportés. Un médecin d'une ONG britannique a  raconté comment ses simples soins classiques lui avaient vite valu à distance une réputation de faiseur de miracles ! Dans une population simple et souffrante, la simple amélioration d'un état bénin est ressentie comme une guérison exceptionnelle. Ainsi des blépharites chroniques non trachomateuses deviennent dans l'imaginaire populaire des cécités congénitales, de simples simulations hystériques des paraplégies ou des possessions …

Mais connaissant la force de la conviction et de la foi, de l'espérance en la capacité de guérison de celui donné pour le Messie, sachant l'effet faussement appelé placebo, en fait action de l'esprit sur la matière, de véritables miracles ont pu avoir lieu, ont certainement eu lieu. On le verra infra.

 

Mais in fine que nous importent ces explications et interprétations ? Le message de Jésus a été si fort, si transformateur des êtres qui ont assisté à sa prédication ou qui en eurent  le récit, qu'il n'est nul besoin de discourir sur ces miracles

 

Les miracles postérieurs.

En rédaction.

 

[1] « le maître appela l'époux et lui dit "tout homme sert d'abord le bon vin, pour le moins bon après qu'on s'est énivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent" ». Jean 2, 10  Segond.

[2] First éditions, 2018

[3] Initiale de "Quelle"  source en allemand.

Paradis, enfer, purgatoire : des états de l'esprit et non des lieux !

 

Ces notions sont aussi difficiles à appréhender que la trinité ! Et celles qui donnent le plus prétexte à moqueries ou à doutes dans la théologie chrétienne.

J’espère, sans trop me faire d’illusions, que plus aucun clerc ne les envisage comme des lieux ! Que des moqueurs feignent de les concevoir ainsi, passe encore. Que le Grand-Maître de l’Ordre rose-croix Amorc français, homme sensé et respectable, que j’ai entendu dans une conférence, fasse mine de croire que les Églises chrétiennes en soient restées là, est confondant.

Au temps où tout un chacun -sauf les penseurs grecs- croyaient la Terre plate, on localisait en toute simplicité et logique le paradis «  aux cieux », et les Enfers « aux enfers », dans ces lieux souterrains des puissances chthoniennes si inquiétantes. De ce sol sortent la lave des volcans, les eaux chaudes, de là partent les secousses qui renversent les constructions humaines.

Mais aujourd’hui ? Le centre de la Terre pour les enfers, passe encore, mais le paradis ? Où sont les esprits ? Autour de notre planète ?

Et quand Pie XII, malencontreusement, proclama que la Vierge est montée aux Cieux dans son corps organique qui n’était qu’en dormition ( pour éviter de dire qu’il fut lui aussi ressuscité, chose réservée à Jésus), où lui assigna-t-il une résidence ? En orbite autour de la Terre ? Autour du centre de notre galaxie ?

Et ce corps du seigneur, certes subtil et "de gloire" traversant les murs ou s’élevant au ciel, mais aussi pouvant être touché et pouvant mâcher et déglutir ?

Il faut en ces temps où les notions d’espace et de temps acceptent des sens totalement renouvelés réviser ces notions et les redéfinir.

 

On est en droit de décréter et penser qu’à la fin du fonctionnement de notre organisme quand il n’est plus le siège de réactions biochimiques -métabolisme- et électriques -celles-ci témoignant d’une activité cérébrale et donc de la conscience et de la mémoire, définissant une personnalité -, la conscience disparaît inexorablement et définitivement. La personne n’est et ne sera plus. Mieux, n’ayant aucune conscience d’être ni d’avoir été, elle n’a jamais été ![1]

L’Église catholique (catholique pris dans son sens d’universel, recouvrant catholiques romains, orthodoxes, orientaux, pré-calcédoniens) et les protestants, on fait le choix de prétendre le contraire : la personne survit, dans sa conscience et sa personnalité.

Choix arbitraire? Non prouvé ni prouvable ? Choix pour répondre à l’angoisse universelle de mort ?

Arbitraire ? Même si toutes les grands courants civilisationnels spirituels ont fait le même, hindouisme, bouddhisme, chamanisme, et même shintoïsme (les kamis) ? Les Amérindiens après leur mort ne continuent-ils pas  à galoper dans les plaines des chasses éternelles du Grand Manitou ?

À peine né, l’Homo sapiens conçoit l’au-delà comme une continuation de sa vie : sur les peintures de Lascaux un petit personnage est étendu. On le croit mourant, blessé à la chasse. Mais il est représenté en érection: il rêve[2] ! Dès l’aube de l’humanité l’homme a conçu la continuation de la vie dans l’au-delà !

Et bien avant Sapiens , Neandertal et Erectus enterraient leurs proches avec fleurs et dévotion, leurs enfants avec leurs jouets, et, à tout hasard, les recouvraient de grosses pierres pour qu’ils ne reviennent pas !

Cette option de survie est une intuition fondamentale de l’esprit humain. Encore une fois et tant qu’il le faudra souvenons-nous du  « car nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » spinozien.

 

Et de plus en nos jours[3], faut-il balayer d’un revers de main méprisant les innombrables témoignages de mort clinique ? Et accuser de mythomanie les innombrables patients, dont des professionnels de médecine ou neurochirurgie, qui ont assisté, de l’extérieur, à leur propre intervention ?[4]

Et ne faut-il pas tenir compte des chercheurs en neurosciences et des neurologues qui ne se sentent plus en mesure de soutenir que la pensée et la conscience soient produite ni se localisent dans le système nerveux ?[5]

 

Faisons l’hypothèse que la conscience survit à l’arrêt du fonctionnement cérébral, comme chez ces opérés à l’EEG plat, à tout arrêt du métabolisme, comme ces mêmes patients mis en hibernation profonde, et qui pourtant assistent à leur intervention et entendent les chirurgiens commenter leurs actes, ou même qui sortent de la salle d’opération et vont au-devant de leurs proches en attente anxieuse au-dehors, voire conversent avec des membres de la famille défunts.

 

Oui, faisons l’hypothèse que la personnalité, id est conscience et mémoire, survit.

Le système nerveux n'étant plus en activité, il ne concentre pas la conscience de l'individu "ici et maintenant" mais restitue cette personnalité au champ de conscience général.

Cet esprit[6],  quelle forme a-t-il ? se déplace-t-il ? pour aller où ?

Non ! il entre dans un état, ou il revient plutôt, dans son état éternel (retrouvons Spinoza: « car nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels ») c. à d. en dehors du temps d’ici et maintenant, ce temps dont la Science actuelle, relativité et mécanique quantique pour une fois d’accord, a fait litière de la réalité.

Cette conscience se rend compte alors de son appartenance au grand champ de conscience que j’ai décrit dans mon ouvrage, ce champ qui donne conscience à tout ce qui existe, et qui est la conscience universelle[7].

Accédant à la connaissance, elle se juge. Elle se juge et n’est pas jugée, comme le montrent les innombrables expériences de mort clinique : tous les témoignages l'affirment : l'entité, ou la lumière, dans laquelle certains identifient le Christ, ou "Dieu", ou "un être supérieur", ne les met jamais en accusation.

Dieu ne juge pas, s’interdit de juger car il est responsable de la création et qu’il est animé d’un amour inconditionnel de celle-ci, comme le déclarent si bien, si haut et si fort, les protestants.

 

Mis en face de sa vie, l’être peut être alors le sujet de différents états.

 

Le paradis.

S’il constate la concordance parfaite de celle-ci et du plan divin (plan devant être conçu non pas seulement comme directive mais comme niveau ) et entre dans ce que l’Église illustre sous le nom de la « vision béatifique de Dieu ». Il est en Paradis, id est en état paradisiaque. Le lieu est ubiquitaire. Mieux, dégagé de la matière qui seule définit une localisation, il n'y a plus de "lieux", comme avant le Big bang il n'y avait ni espace ni temps.

Et cette union à Dieu est telle que la personnalité nouvelle, si elle entre en cet état paradisiaque,  hérite d’une partie de la puissance divine, rendant compte de "miracles" que peuvent lui attribuer ceux qui lui rendent hommage.

Il s’agit de ceux que l’Église catholique ou orthodoxe appelle « saints ». Et cette force de leur évocation constitue la "communion des Saints".

Y entrent aussi, et instantanément, les martyrs d’hier et d’aujourd’hui. Ainsi Ste Blandine avant hier, les missionnaires martyrs du Japon hier, et le colonel Beltrame aujourd’hui, nonobstant son appartenance à une loge maçonnique -cependant spiritualiste- sont entrés dans cet état sans attendre.

Toujours dans cet état paradisiaque se trouvent ceux que les Églises appellent

« bienheureux », en attente de preuves plus fortes de leur sainteté.

Mais toutes les communautés le concèdent : le paradis est peuplé de bien d’autres.

Dans ce paradis, il y a certes des degrés divers d’état paradisiaque, comme il y a beaucoup de degrés d’état de souffrances dans les Enfers, si on en croit Thomas d'Aquin," le docteur angélique". Mais il certain qu’à la fin des temps tous serons réintégrés au Père.

 

Les limbes.

Faut-il encore aborder ce sujet, alors que la commission pontificale a décrété le 20 avril 2007 que les enfants morts sans baptême entraient d’emblée au paradis, annulant avec un courage digne d’être relevé les désolantes positions des docteurs de la foi d’autrefois.

Ses conclusions méritent d'être citée in extenso : « Le concept de "limbes" comme état dans lequel seraient les enfants non baptisés est donc "une vision trop restrictive du salut ", contraire à la nature même de Dieu, miséricordieux et sauveur et à la nature universelle du Salut2 ».

Les premiers docteurs de la foi concédaient certes que ces petites âmes, étant innocentes de toute mauvaise action, ne pouvaient être condamnées à la souffrance, mais n’ayant pas été rachetées du péché originel par le baptême, absence de rachat dont elles n’étaient pas plus responsables, elles ne pouvaient entrer en paradis ! Ni même en purgatoire, n’ayant rien à purger !

Alors elles devaient errer, sans souffrances certes mais sans bonheur et sans joie, dans un sombre lieu ! Et certains clercs d’en rajouter,  jugeant que l’enfer étant éternel, cette errance dans les limbes devaient l’être aussi.

Mais quels étaient ces clercs pour être aussi peu éclairés, et ces pères de l’Église pour avoir une si piètre opinion du Père pour penser ainsi ? Un Père céleste aussi peu paternel, cruel et injuste, bien loin du père accueillant le fils prodigue; un Fils qui aurait souffert pour quelques-uns, et réfutant ses propres directives sur l’accueil et l’amour des enfants; un Saint Esprit aussi peu sain d’esprit.

Et ce ne sont pas les quelques théologiens qui jugèrent que les habitants des limbes sont admis au paradis au jugement dernier qui rachètent cette doctrine.

Merci encore à nos modernes théologiens d’avoir rétabli l’Église dans son évangélisme originel.

Il faut relever que les protestants, ne jugeant pas la réception des sacrements comme indispensable au salut, comme il me fut affirmer quand je rédigeai mon ouvrage sur le handicap mental[8]  font l’économie de cette problématique...

Mais ces enfants, certains morts assez âgés pour avoir connu ce monde, mais certains bébés voire même fœtus, peuvent-ils comprendre la réalité du monde et accéder pleinement à l’état paradisiaque ? Alors un stage plus ou moins long, destiné, bien encadrés par des âmes bienveillantes (des "anges", des saints) à les faire accéder à la plénitude de cet état paradisiaque, peut se concevoir.

Et tous ces hommes et ces femmes de toutes confessions, y compris musulmanes ou non monothéistes, ou agnostiques et athées, qui ont dédié leur existence à l’abnégation et à la pratique du pur amour chrétien, à eux l’enfer, si les limbes n’existent plus ?

Simone Weil, philosophe majeure, d'origine juive et pourtant parfaite  mystique chrétienne, qui refusa le baptême en solidarité avec la souffrance de ses frères persécutés, n'a certainement pas séjourné longtemps aux limbes, si elle les a jamais connues…

Et ces jeunes filles yazidis égorgées par les islamistes pour avoir refusé de renier leur foi ou devenir des esclaves sexuelles, sont-elles moins glorieuses que les vierges et martyres chrétiennes ?

La conception de cet état où les Justes reçoivent la révélation, c’est le sens de ces limbes.

C'est pourquoi cette hypothèse des limbes -car on n'ose plus dire "ce dogme"-  qui semble ne plus être en odeur de sainteté, doit être conservée.

Dieu se révèle en lieu et temps qu’Il a choisi, aux Hébreux sur cette Terre avant-hier, à l’ensemble de l’humanité hier avec Jésus-Christ, dans le lieu où l’état qu’Il veut en tous les temps.

Cette révélation peut être progressive, ou foudroyante pour ces jeunes femmes yazidis et chrétiennes qui durent être étonnées de leur entrée brutale dans la gloire du Père,

 

Le purgatoire.

Mais rares sont les personnalités qui sont capables d'accéder à cette vision divine ou d’avoir subi le martyre.

L’immense majorité ne se sent pas en mesure de mériter ce couronnement, mais pas plus d’être rejeté dans "les ténèbres extérieures " ou vouée aux gémonies.

Attirées par ce pôle divin les personnalités , qui le ressentent en elles depuis toujours, comme exposé dans le chapitre sur le péché originel, instruites par ces mêmes guides à l’œuvre dans les limbes, commencent un cheminement qui sera court pour certains, bien long pour d’autres, plein d'une magnifique espérance pour les uns, bien pénible pour les autres.

 

Les protestants font l’économie du purgatoire, parce que rien dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament confondus, ne l’évoque.

Dans l’Ancien Testament il est difficile de trouver même une simple justification d’une survie à la mort, à tel point que les premiers juifs n’y croyaient pas (Job, pour seule récompense de sa patience et de sa soumission, est descendu au Shéol chargé d’années[9]) et que les  saducéens la niaient encore au temps de Jésus. Les autres juifs tordaient le sens de quelques passages pour y croire ! Dans le psaume 23 la "vallée sombre" dans laquelle le berger passe n’est en rien précisée comme l’ombre de la mort, il s'agit d'une interpolation.

Nier le purgatoire c’est négliger que Jésus n’a pas donné de leçons de théologie, n’a pas institué de doctrine, n’a pas fondé d’Église ! Ce sont ses disciples et leurs successeurs qui l’ont fait, Jésus n’a fait qu’apporter le Message !

Certes le Christ n’a promis que le salut, sans de plus amples précisions, et même a-t-il assuré au bandit repenti sur la croix « tu seras ce jour-même avec moi dans le royaume de mon père[10] », alors que ce larron avait certainement bien des crimes à se reprocher !

Admettre que chacun soit immédiatement en état paradisiaque ou infernal -cela pose le problème d’où mettre le curseur !- est contre toute logique.

Or la logique règle ce monde. Dieu est Logique.

 

L'enfer.

Ou plutôt les enfers, car le pluriel est de mise. Certes communément les enfers désignent le séjour souterrain, sans contexte de punition ou de souffrance -Jésus est descendu aux enfers ! Et les âmes antiques y erraient, quelles que soient leurs fautes ou mérites! Les hébreux le nommaient shéol- mais, même dans la conception chrétienne, il y a différents degrés de souffrances infernales, d'après Thomas d'Aquin lui-même.

 

Et si elles subissent le feu, ces flammes éternelles promises par le doux Jésus, image reprise même dans le Coran, il s’agit d’un feu intérieur. Comment brûler une entité spirituelle ? une conscience qui ne reçoit plus les signaux électroniques de nerfs disparus ?

Admise à la conscience universelle, mise en présence panoramique de sa vie, comme l’ont éprouvé les expérienceurs[11] de ces états juxta mortem, la personnalité éprouve un déchirement intense. Elle rejette cette évaluation. Elle subit une combustion, elle devient feu, d’autant plus qu’elle se rend compte de cette félicité à laquelle elle aurait pu accéder si elle avait répondu ne serait-ce que partiellement à cet appel vers le bien que nous ressentons tous .

L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est soi.

 

Cet Enfer, est-il éternel ?

Si l’on en croît les Évangiles et les conciles, oui !

Si l’on croit certains théologiens, et pas des moindres , Origène entre autres, non ! Certes parfois par un argument dialectique : l’enfer est éternel, mais rien ne dit qu’on y reste éternellement ! D’aucuns estiment que Satan lui-même arrivera à résipiscence à la fin des temps !

 

Et surtout l’idée d’une souffrance infligée éternellement par le Créateur est une insulte à Sa personne et à Sa nature !

« J’appelle Dieu un être infini en tous ses attributs » écrit Spinoza.

Et les attributs divins sont bien la logique, la justice, sans compter l’amour, cet amour qui est inconditionnel.

Car c’est le Créateur qui a créé ce monde avec ses faiblesses ! Serait-il logique et juste qu’il punisse des êtres faillibles et mis par lui-même en position de faillir ?

L’Église catholique elle-même en est venu à modifier le « ne nous soumets pas à la tentation » du pater Noster en « ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Quelle logique et quelle justice serait-ce là ! Et quelle belle illustration de l’amour divin, l’agape, alors que Dieu nous a donné l’éros, plus facile à atteindre, constatant notre faiblesse !

Imaginons un Adolf Hitler piteux se présentant devant un Dieu sévère et tonitruant le mettant en face de ses crimes incommensurables, le condamnant aux flammes éternelles, ceci en présence des millions de ses victimes. N’y aurait-il pas, et il y aurait j’en suis certain, quelques dizaines, centaines, milliers voire plus, voire tous, pour s’avancer : « certes, YHVH, c’est un criminel, mais n’est-il pas avant tout un pauvre fou ? Et n’y es-tu pas, sauf  Ton infini respect, un peu pour quelque chose, toi le Créateur de toutes choses ? Et finalement, ne nous a-t-il pas envoyé auprès de Toi en Ton sein bienveillant, en tant que martyrs, choses qui ne serait pas survenu à coup sûr si nous avions vécu ? » Concevriez-vous un Dieu piteux devant une telle argumentation ? [12]

Certes non, la souffrance et la damnation ne sont pas éternelles ! Dans un chemin bien  long et douloureux la personnalité damnée va entreprendre son long retour à Dieu.

 

Alors, pourquoi inventer cette damnation éternelle, si l’Enfer n’est qu’un purgatoire allongé et plus douloureux ?

Parce que l’Église, à la suite de Jésus, vrai dieu mais aussi vrai homme, connaît la nature humaine et que la promesse d’un châtiment trop doux n’impressionne personne !

 

Alors, états paradisiaques, états infernaux, limbes et purgatoires, tous sont des états de l’esprit libéré de la matière, et tous sont appelés à rejoindre l’essence primitive au terme de notre existence ici-bas et ailleurs.

 

[1] Cf l'ouvrage "Les énigmes de la conscience, Frison-Roche éditeur, Paris 2018, p.242"l'existence de l'Univers et la conscience"

[2] Op cit p.76

[3]depuis toujours en fait, ceci est développé dans mon ouvrage « Les énigmes de la conscience », op cit p.147 sq "le coma, l'anesthésie" et 206 sq "les expériences de mort clinique".

[4] Op cit p.147" Jil Taylor, la professionnelle auto-expérimentatrice"  et 149 "le cas Pamella Reynolds".

 

[5] Mon ouvrage développe de manière exhaustive la localisation de la conscience, ses rapports avec les structures nerveuses et le métabolisme de ce système : il n’en trouve aucun !

 

[6] Conscience et esprit sont synonymes ou liés pour la plupart des auteurs. Cf op cit p.29

[7] Op cit p. 179-188 "Le champ de conscience".

[8] Mon enfant est différent. Éditions Frison-Roche, Paris, 1996.

[9] "rassasié de jours" traduit Segond.

[10] Et même "dans le paradis" pour Segond. Luc 23,43

[11] J'utilise à dessein ce terme, néologisme se répandant, pour exprimer le sujet qui éprouve une expérience, en regard de l'expérimentateur qui provoque une expérience.

[12] Woody Allen l’a bien traduit en humour juif : « si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse ! »

 

La grâce, la Prédestination.

 

L’homme a chuté. De par sa nature il ne peut revenir par lui-même à Dieu. Il faut donc une aide venant de Dieu lui-même : la grâce, nonobstant le sacrifice du Christ.

Alors, cette grâce, pour tous ou quelques-uns ?

Ce problème a déchiré les théologiens depuis l’origine, dès Saint Augustin, dressé parfois violemment les chrétiens les uns contre les autres provoquant les guerres de religion dont la guerre de trente ans qui a dévasté l’Europe.

En fait le problème de la grâce découle d’une opposition entre les attributs de Dieu : la justice, l’omniscience, l’amour infini, la logique absolue.

Si Dieu est toute Justice. Il ne peut laisser sans punition l’injuste, au dépend du juste[1]. S’il est tout amour Il ne peut condamner un de ses enfants, d’autant plus qu’étant omniscient et toute logique, Il sait que l’homme n’est pas entièrement responsable ! Qui a créé l’homme faillible et mis en condition de faillir ?

La prédestination résulte du même conflit intrinsèque. Si une créature agit dans le mal et se trouve damnée, ce Dieu omniscient, sachant tout de l’avenir, connaissait dès l’origine des temps la transgression et la damnation, d’où la prédestination !

 

 

Si les catholiques, nonobstant les positions augustiniennes, ont opté pour une grâce proposée par le Père à tout homme qui peut l’accepter ou la refuser, certains théologiens ont opté pour une grâce accordée de manière discrétionnaire aux hommes qu’il a choisi.

Il ne faut pas croire que seul Calvin et ses épigones professèrent cette voie.

Si certaines dénominations protestantes ou issues du protestantisme, dont les Adventistes, résolvent ce problème en réservant la résurrection à ceux qui ont suivi Jésus et l’inconscience éternelle aux autres, Calvin eut la formulation sadique de la double prédestination : certains sont prédestinés au ciel, d’autres prédestinés à l’enfer ! Mais un pur trouve toujours plus pur et qui l’épure : si Calvin juge que cette prédestination a été décrétée après la chute (infralapsaire), l’évêque catholique Jansenius la pense avant la chute (supralapsaire) ! Il n’a fait que pousser à l’extrême la logique : par son omniscience, Dieu connaissait la chute dès avant la création. Ce qui valut, à Jansenius et aux jansénistes, la condamnation du pape Innocent X, appliquée avec ardeur par Louis XIV...

En somme, Calvin, Jansenius et consorts ont choisi la Justice divine contre l’amour divin !

Cette prédestination calvinienne n’a pas été admise sans mal et sans heurts même chez les réformés : le grand Leibnitz la jugeait stupide et une insulte à Dieu, le synode de la toute jeune Église réformée hollandaise au XVIIème siècle à Dordrecht ne l’a entérinée que par une voix d’avance sur les Arminiens qui, à la suite d’Arminius, voulaient la rejeter ! Et encore, ce serait pour une raison politique que ce vote fut emporté.

Un pasteur réformé, interrogé par moi-même de front et prié de répondre sans détours, s’en sorti par une belle réponse dialectique (pour ne pas dire jésuite) : « tenez compte que Calvin était de formation juridique, il a pensé en juriste, Luther, lui, était un théologien ».

 

Aujourd’hui, toutes confessions confondues, les Chrétiens ont tranché entre les autres attributs de Dieu et son Amour parfait, dans cette notion « d’amour inconditionnel ».

« Nous irons tous au paradis » chanta Michel Polnareff. Cette affirmation, je l’ai entendue plus d’une fois dans les milieux catholiques et protestants, sans protestations d’aucuns, dont des clercs....

 

 

Les actes, la foi : un faux problème.

 

Le catholicisme prend la position que la conduite de l’homme, par ses actes, donc ses mérites, détermine son sort futur.

À noter d’emblée que ce terme d’actes a un sens différent que le sens commun habituellement admis.

Ces actes sont l’accomplissement des commandements de l’Église, l’assistance à la messe, la pratique de l’eucharistie, la réception du pardon etc.

Pascal l’a illustré de manière plaisante : « mettez-vous à genou et vous croirez ».

La majorité des confessions protestantes réfutent la nécessité des actes pour le salut, sur la base du « sola fide ».

Ce salut obtenu par la foi seule est une source d’incompréhension et même de moquerie. Les ligueurs lors des guerres de religion se moquaient de ces protestants qui pensaient qu’ils pouvaient commettre les pires crimes, pourvu qu’ils aient la foi ! On a prêté à Luther l’assertion : « vous pouvez pécher beaucoup si vous avez beaucoup la foi »!

Alors foi seule ou actes ?

Ce faux problème, qui a pu diviser les chrétiens, a été résolu dans un consensus œcuménique : la foi est une affirmation interne mais s’exprime extérieurement dans les œuvres ! S’affirmer croyant et se conduire en mécréant est le plus parfait des oxymores ! J’ai entendu le pasteur Woody au temple de l’Oratoire à Paris, certes épicentre du protestantisme libéral, l’exprimer dans un sermon brillant.

L’essence du christianisme est que l’acte de foi transcende l’individu qui exprime alors sa foi dans sa conduite.

Il en est comme de Jésus dont la foi l’a conduit à se fondre en Dieu, la foi nous amène à être transcendés, ce n’est pas nous qui agissons alors -donc disparaît la notion de "mérites"- mais Dieu que nous laissons agir par nous. Simone Weil disait « Dieu s'aime à travers nous » écrivait-elle à Gustave Thibon[2]. Non, Il agit à travers nous.

 

Conclusion.

 

Il est désolant de constater que de multiples opposants aux différentes confessions chrétiennes persistent à se fonder sur des conceptions périmées pour s'opposer au christianisme, le ridiculiser, en relever les incohérences, parfois l'infantilisme et la naïveté, voire le vilipender, dans de pauvres arguments.

Il est tout aussi désolant de voir les clercs se taire et n'oser affirmer haut et fort ce que beaucoup d'eux pensent et croient in peto ! « Le Dieu que les athées nient n'est pas celui auquel nous croyons » écrivit Mauriac dans un grand quotidien. Mais encore faut-il le révéler ! Car, en se taisant, ils barrent le chemin que certains désiraient prendre vers le christianisme.

Que certains groupes se confinent dans un niveau de foi où tout est pris au pied de la lettre et non au niveau de l'esprit, tels les Mormons, les Témoins de Jéhovah et les fraternités issues du schisme de Mgr Lefebvre, personnes estimables quand on constate le haut niveau de moralité de leurs membres, leur mode de vie et la paix civile qu'ils maintiennent, mais en affirmant des concepts inacceptables par la raison et éloignés du cœur, ils éloignent du christianisme. Le cœur et la raison doivent se connaître !

 

 

 

[1] « si tu es clément avec l’injuste, tu es injuste avec le juste » dit le Talmud.

[2] En allusion à son « Dieu s'aime à travers moi» de" La pesanteur et la grâce."

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :