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Publié par René Mettey

Jésus aux enfers. Thiérry Robin. Éditions Quadrants.  (Soleil, 2025)
Jésus aux enfers. Thiérry Robin. Éditions Quadrants.  (Soleil, 2025)

 

Réaliser une BD sur les Évangiles, ou du moins l'histoire chrétienne, quelle idée ! L'éditer, quel pari !

Eh bien, pari réussi !

Thierry Robin s'est lancé dans la rédaction et l'illustration de ce roman graphiqe, et quel roman, et quel graphisme !

Personne ne peut dire, à titre personnel ou es-qualité -théologien, père de l'Église, pape !- ce qui est advenu de Jéus pendant ces 36 heures, entre sa mise au tombeau le vendredi soir vers 18 heures (avant la première étoile du  shabat) et le dimanche matin tôt (à,la fin du shabat) où Marie-Madelaine découvre la vacuité du tombeau. 

[à noter que ces "trois jours" n'en sont pas ! au maximum le troisième jours en comptant sa mort comme le premier et le dimanche comme le troisième. Et quand est survenu la "résurection" ? Nul ne se risque à  le dire. Son corps terrestre s'est-il "évaporé", -en physique, "sublimé"-,  en 36 heures ? et s'il a subi ou émis une irradiation brutale comme semble le montrer le linceul de Turin avec sa projection orthogonale, quand s'est produite cette transformation ?]

Les évangiles sont muets ! Seul un court passage dans la première épitre de Pierre stipule "que Jésus est allé prêcher aux esprits en prison". Certains y ont vu les "patriarches" dans des limbes -ils avaient en eux le péché originel mais n'avaient pas fauté-, d'autres tous les justes, dont les enfants même incirconcis, voire tous les pécheurs d'avant la venue du Christ puisqu'ils n'avaient pas reçu sa bonne exhortation : ils avaient besoin de recevoir un prêche !

Et pourtant les deux versions du Credo, de Nicée et le symbole des Apôtres, en font un acte de foi. mais d'où les thélogiens rédacteurs tenaient-ils cette affirmation ?

Eh bien, d'après Thierry Robin, de "l'Évangile de Nicodème", écrit dès le deuxième siècle (vers 140), texte déclaré apocryphe lors de la sélection des textes canoniques, célèbre au IVè dont date la plus ancienne version manuscrite connue, et fort tenu en estime et honoré jusqu'au XIIIè ! (.et conservé pro parte dans l'Église orthodoxe). 

C'est donc de  ce texte  dont s'est largement inspiré l'auteur pour constituer son roman graphique, que l'on pourrait nommer "la première théologie illustrée"... 

Car cette oeuvre prend un parti-pris audacieux : certes  Jésus est Dieu, fils de Dieu mais Dieu lui-même, vrai homme et vrai Dieu, d'après la théologie chrétienne, mais il le découvre peu à peu ! Il ne surgit pas instantanément dans sa splendeur du triomphe de la mort ! le corps reprend vie, il reprend ses esprits, s'étonne, se remémore des instants passés, et entreprend son périple où il va rencontrer certes les patriarches, David, Abraham, Noé et même Adam, les justes aux limbes, mais aussi Satan et les damnés dans leurs souffrances. Dans les Enfers il a aussi visité l'enfer !

Et Thierry Robin fait une audacieuse hypothèse : Jésus ne se rend pas compte encore qu'il est Dieu, égal au Père. En effet, aux questions des damnés qui l'interpellent sur le pourquoi de leur punition si sévère et surtout éternelle, alors qu'ils se repentent, certes un peu tard, et que c'est Dieu lui-même qui les a créés faibles, criminels en puissance et disposés à céder à la tentation ! Et à Juda qui expose bien qu'il a rempli le rôle que le Père lui avait confié ! [ces points de théologie m'ont taraudé des décennies avant que j'y réponde dans mon dernier ouvrage "l'Essence du christianisme" !]

Et que répond Jésus ? Rien !, ou il "botte en touche" : il ne sait pas, il s'interroge et "ira demander à son Père !"

Pour Robin, ou les rédacteurs de cet évangile de Nicodème, Jésus est devenu Dieu progressivement, pendant ces trois jours. D'ailleurs ne dit-il pas à Marie de Magdala "ne me touche pas, je ne suis pas encore retourné auprès de mon Père".

En somme, cet oeuvre se présente comme ludique alors qu'elle est profonde ! N'est-ce pas le but de la BD ?

Et le graphisme ? Sublime ! Mais surtout, adapté, là encore en sous-main ! Le gris domine dans les passages au tombeau, les réminescences en clair, et tout le passage aux Enfers en noir, l'enfer des damnés en rouge éclatant ! Et les dernières pages où Jésus va rejoindre son Père en contraste de blancheur et d'azur ! Sublime, vous dis-je.

On eût aimé une courte présentation de l'auteur, dont on se rend compte de l'étendue des connaissances dans les nombreuses notes et les justifications fournies. Modestie ?

Quelques remarques : l'auteur justifie la représentation  de Satan, longue silouhette noire inspirée dit-il du Septième Sceau de Bergman, alors que c'est la mort qui est représentée ainsi dans le film. 

Très plaisante aussi la façon dont l'auteur résoud un autre problème théologique : avant le sacrifice et le rachat du Christ, le paradis était vide, les hommes dès Adam ayant péché.   Mais sur la croix Jésus affirme au bon larron qu'il sera dès aujourd'hui au royaume du Père. Mais si Jésus lui-même n'y accèdera qu'après sa résurection, alors le bon larron fut-il  le premier à occuper le paradis ?

Robin ose une correction par le fait que le grec n'avait pas de ponctuation. Ainsi, au lieu de lire : "je te le dis, -pause- aujourd'hi tu seras avec moi au paradis", il faut lire : "je te le dis aujourd'hui, -pause- tu seras avec moi au paradis"...

Conseils de lecture : à acheter de suite et à se ruer à sa lecture pour les clercs, apprentis-clercs, philosophes, historiens des religions et toute personne tournée vers cette affinité. Pour les clercs, catholiques ou protestants, sa lecture est plus agréable que la somme théologique de Thomas d'Acquin ou le volumineux ouvrage d'Adolf von Harnack...

On peut le faire lire dès 10 ans (à huit ans je lisais dans les livres de ma soeur aînée Spinoza et Kant, sans y comprendre grand chose bien sûr).

Certes on peut l'offir, mais pas à Noël ! plutôt à Paques !

Jésus aux enfers. Thiérry Robin. Quadrants. Éditions Soleil, 2025

 

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